The Trifid Nebula in Stars and Dust
Credit &
Copyright: Adam Block, Mt. Lemmon SkyCenter, U. Arizona

 

Chaque aspect de l’existence formelle doit être nourri pour perdurer. Rien de tout ce qui se manifeste dans le temps n’est suspendu dans le vide.  Tout ce qui est formel ne pourrait exister sans une communication avec l’informe. Tout ce qui est manifesté, en image ou en réalité, doit recevoir « l’énergie » ou la volonté nécessaire à sa manifestation ou bien disparaître. Ce qui est manifeste dans la forme n’est pas la source de lui-même sinon il s’effondrait avant même d’apparaître. Si tout ce qui est manifeste doit être issu d’une source pour se manifester, il doit aussi s’y nourrir pour perdurer. Si chaque élément manifeste est issu d’une source et doit être nourri par une source pour exister, la question est donc de savoir si ces deux sources peuvent être différentes. Est-ce qu’un élément réel peut avoir une source génitrice différente de sa source nourricière ? Dans le même ordre d’idée, on peut se demander si deux éléments faisant partie d’un même plan de réalité peuvent être issus de deux sources différentes ou se nourrir à deux sources différentes ?

Pour deux éléments issus de deux sources différentes, l’univers de l’un doit être à jamais incompréhensible à l’autre. Ceux qui ne sont pas de la même espèce sont des étrangers. Il leur est impossible de partager le même point de vue ou d’aller ensemble dans la même direction à moins de reconnaître que leur source est identique. Deux éléments issus de deux sources différents ne peuvent qu’entrer en collision, diverger pour toujours ou aller selon des parallèles qui ne se rencontreront jamais. Leurs deux univers sont inconciliables à cause de la séparation qui fût introduite à leur commencement. Quoi qu’ils fassent cette séparation les séparera toujours.

Plus il y a de sources différentes dans l’univers, plus il y a de divergences, de conflits et de chaos. Toutes les associations tentées pour éviter les confrontations sont vouées à l’échec à cause de la différence dans les impulsions initiales. Aucun lien ne peut retenir ensemble ceux qui sont issus de sources différentes. La seule alternative est la séparation des effets et donc la formation d’espace pour que chaque source différente puisse exprimer sa force ou sa volonté. La version paroxysmique du chaos est le concept d’un univers dans le quel chaque élément serait sa propre source. Si c’était le cas, l’univers n’existerait pas et n’existerait jamais puisque personne ne pourrait en partager le témoignage avec un autre. Pour que l’univers existe il est nécessaire que deux au moins témoigne de son existence. Il est nécessaire que deux au moins soit issus d’une même source et que leur union ne puisse jamais être brisée.

Si ce n’était pas le cas, l’univers ne serait qu’une virtualité qui tenterait éternellement de se manifester sans jamais y parvenir puisque chaque association ne serait qu’un instant fugace entre deux néants. Sa virtualité serait morcelée en une infinité de fragments qui ne durerait qu’un instant avant de disparaître pour l’éternité. Et pendant le temps infime de leur manifestation, il leur serait impossible de se comprendre mutuellement et donc de comprendre ce qu’ils sont, à quoi ils servent et où ils sont.

Le modèle du chaos universel existe en tant que virtualité mais pas en tant que réalité. Le concept du chaos absolu se nie à lui-même sa propre réalité. Il ne peut pas se manifester réellement par définition. Ceci signifie que ce qui fait partie de la réalité manifeste ne peut pas être sa propre source. Ce qui est réel doit avoir une source commune pour être réel. En fait et en toute logique, il doit étendre et nourrir sa propre source en se manifestant. Et sa source doit s’étendre et le nourrir à le créant. Ce principe est le seul principe qui ait une logique réelle. Une source qui s’épuiserait en se manifestant ou une manifestation qui viderait sa source pour exister suivent implicitement le principe du chaos. Elles n’ont pas de logique dans une réalité immanente mais uniquement dans un instant de temps virtuel où les choses peuvent sembler apparaître ou disparaître d’elles-mêmes.

Or, l’idée qu’une source réelle se nourrisse et s’étende à créant est complètement étrangère à tout ce qui semble exister dans le temps et l’espace formel. Cette idée affirme que pour garder quelque chose il faille la donner. Elle parle d’une communication sans limite et sans séparation ou tout ce qui est créé est uni à sa source. Elle parle d’un univers où toute idée de perte est insignifiante et dans lequel toute communication est une amplification globale. Elle parle d’un monde où le rendement de tout échange est supérieur à un. Elle évoque des échanges ou des opérations qui augmentent naturellement les biens du donneur et du receveur. Cet univers n’est pas celui qui est perçu dans la forme. Si cette idée parait délirante dans un univers évoluant dans l’espace et le temps, elle est pourtant la seule qui soit cohérente avec elle-même.  

Tout univers qui évolue dans l’espace et le temps est une singularité incohérente parce que tous les échanges qu’il génère ont un rendement inférieur ou égal à un. Un univers où toutes les transformations et les communications induisent toujours une perte globale est un univers insensé. Ceci signifie que tout ce qui s’y passe tend à appauvrir l’univers lui-même. Un univers singulier qui tend inexorablement vers sa propre disparition est insignifiant. Il est donc virtuel vis-à-vis de l’immanent et ne peut être qu’une erreur de perception et d’interprétation de celui qui en témoigne. Si tout ce qu’il manifeste disparaîtra et sera oublié à jamais, cet univers n’a jamais existé en réalité.

Ce comportement étrange est la conséquence du concept de singularité. Une singularité est quelque chose qui semble être sa propre source. Percevoir une singularité c’est percevoir l’œuvre du chaos. C’est donc percevoir une virtualité qui ne durera qu’un bref instant avant de disparaître.

Certes une singularité peut se nourrir d’autres singularités pour perdurer plus longtemps mais ce mode d’échanges n’a aucune influence sur le résultat final qui est la certitude de son anéantissement. Globalement le bilan de ceux qui se nourrissent en appauvrissant leur source ou les autres est négatif. Toutes les communications produites par un organisme qui est sa propre source ou qui se nourrit à épuisant d’autres sources l’entraînent inexorablement à vider son univers et donc à fondre vers le néant.

Les singularités qui sont leur propre source ou qui se nourrissent d’autres sources sont pour subsister sont doublement condamnées. Non seulement leur anéantissement est certain mais en plus elles ne comprendront jamais la cause de leur naissance et de leur disparition.   

Il n’existe qu’une seule condition pour que deux éléments puissent se comprendre vraiment. Ils doivent avoir une même source et c’est ainsi qu’ils auront un même but. A moins d’être issus d’une même source, deux éléments sont à jamais exclus l’un de l’autre.

Tout élément qui pense être sa propre source ne pourra donc jamais comprendre quoi que ce soit. Il est condamné à se battre pour durer le plus longtemps possible avant de disparaître sans avoir jamais pu comprendre ce qu’il était et ce qu’il faisait là.

La réalité n’est pas une source qui s’épuise elle-même en se manifestant. Bien que cru et même vénéré, ce concept est inepte. Tout perception qui témoigne de cela doit être le fruit d’une erreur de conception de l’outil qui sert à voir et qui se répercute dans sa compréhension de l’univers et de soi.

Une source réelle doit se nourrir elle-même en nourrissant ses créations. Et ses manifestations doivent nourrir leur source en se nourrissant de leur extension. Seuls ces deux modes communications sont logiques parce que parfaitement symétriques.

Un élément qui vide sa source nourricière est une singularité virtuelle. Une communication qui prend à l’un pour donner à l’autre est un concept insignifiant et immature. L’incohérence n’a pas de place dans la réalité mais uniquement dans la conception d’un chaos virtuel et imaginaire.

Dans cette optique, chaque élément réellement manifesté ou créé est assimilable à un rai qui témoignage du pouvoir réel de sa source, sans jamais la quitter afin que lui-même devienne une source nourricière à l’extension de sa source. Evidemment ce mode de communication ou de création est incompréhensible et inconcevable dans l’espace et le temps. Une source qui s’étend en créant sa volonté et en communiquant tout son pouvoir créateurs à ses effets n’est pas temporelle et ne se manifeste pas dans l’espace. Donner sans se vider n’est pas un mécanisme compréhensible au niveau d’une forme occupant une singularité spatiale ou un intervalle de temps.  

Sur le plan physique, tout « chose » n’existe non pas parce qu’elle se nourrit d’une « énergie » qui vient du plan subatomique. C’est une partie de cette « énergie » que les éléments formels du plan physique s’échangent entre eux pour s’organiser et s’associer afin de fabriquer de nouvelles formes. Comment et pourquoi les choses s’organisent-elles ainsi est une vaste question qui doit trouver sa réponse à sa source. A moins de percevoir les fluctuations primordiales du plan subatomique, il est impossible de comprendre pourquoi et comment les formes se manifestent, s’associent un moment puis disparaissent avant de ressurgir à nouveau l’instant d’après.

Or rien de formel ne peut pénétrer ce plan puisqu’il est absolument informe. La forme ne peut pas se comprendre elle-même parce qu’elle est régit par un principe d’exclusion.

L’étude de la forme en tant que causalité d’elle-même n’aboutira jamais. Etudier les formes et leurs associations dans le but de les comprendre est une peine perdue parce que la forme change selon des lois intrinsèques qui ne sont pas formelles et ne peuvent pas être formalisées. Il est impossible de maintenir la forme suffisamment longtemps pour pouvoir acquérir une signification stable et durable. La compréhension donnée par une certaine forme ne dure que pendant que la forme est manifeste. Dès que la forme change, sa signification change et la compréhension précédente devient obsolète et inutile. A chaque nouvelle forme est associée une nouvelle signification. La découverte de la signification de chaque nouvelle forme demande un long et fastidieux travail de compréhension qui s’avère finalement inutile et donc déprimant.

La signification d’une chose, formelle ou non, est donnée par sa source et par son but. C’est le lien qui unifie le début et la fin qui permet de connaître le tout. C’est la connaissance de cette relation indéfectible de causalité qui permet de reconnaître la fonction et l’identité de toute choses. La fonction et l’identité ne font qu’un en vérité.

Dans un monde formel aucune signification n’est stable parce qu’aucune forme n’est stable. La forme n’a ni début, ni fin. La forme est un concept qui clignote virtuellement sans jamais se réaliser.

Le plan psychique se comporte exactement comme le plan physique. Chaque idée, concept ou perception consciente n’est pas source d’elle-même mais prend sa source dans un plan subconscient. Un concept formel ou singulier est simplement une idée qui tente de se définir comme étant sa propre source et donc de nier l’existence du plan nourricier et fondateur qui est commun à tous les concepts manifestés dans la conscience. Les concepts singuliers sont comme des formes physiques qui occupent un espace temps. Ils ne font que clignoter dans la conscience. Ce ne sont pas des pensées entièrement conscientes dont la cause et le but sont reconnus de manière certaine. Ce sont des formes pensées qui apparaissent et disparaissent de manière aléatoire et chaotique sans nourrir véritablement la conscience qui les accueille et sans que celle-ci ne les comprenne entièrement.

C’est cette incompréhension chronique qui rend la cohabitation entre tous ces concepts difficiles au sein d’une même conscience. Leur dissemblance apparente rend toute forme de cohérence globale impossible et doit forcer la psyché qui les manipule à les catégoriser et les subdiviser dans des compartiments spécifiques qui sont symbolisés par des noms ou des symboles. Les symboles ne sont jamais le reflet du contenu mais la tentative pour le nier. Les concepts qui s’auto déterminent eux-mêmes n’ont aucun lien cohérent entre eux. Leur association est arbitraire et forcée. Ils ne peuvent cohabiter ensemble et se comprendre sans entrer en conflit. Leur confrontation conduit toujours à l’absence de signification parce qu’ils n’ont pas la même échelle de mesure. Ils n’ont pas la même échelle de mesure parce qu’ils ne sont pas issus d’une même source mais témoigne d’une volonté de séparation. La comparaison de deux concepts dans une même psyché conduit à choisir arbitrairement entre deux pour maintenir la cohérence et l’unité arbitraire de la psyché. Ce genre de partage ou de communication s’apparente à un sacrifice puisqu’un des deux doit disparaître pour permettre à l’autre idée d’exister de manière intègre. La seule solution pour éviter le sacrifice et la perte d’une idée est fragmenter la conscience et séparer les concepts entre eux. Le résultat final est que la séparation et le classement symbolique derrière des étiquettes devient la seule alternative pour avoir la paix et le calme dans la conscience. Pour éviter les conflits et les choix sacrificiels la psyché doit fragmenter sa conscience en compartiments isolés afin d’y classer toutes ses idées singulières qui tentent de se définir elles mêmes.

 

 

« Je change la clé de C à D
You see to me it's just a minor thing    Pour moi, tu vois, c'est juste une chose sans importance
He knows everything    Il sait tout
To readjust you've got to trust    Tu dois croire à la réadaptation
That all the fuss is just a minor thing    Tout cette histoire n'est qu'une chose sans importance
He knows everything    Il sait tout
It's just a minor thing    C'est une chose sans importance
And I'm a minor king    Et je suis le roi mineur
He knows everything    Il sait tout
 
You've got your bit part, Mozart    Tu as ton petit rôle, Mozart
Hot dart acceleration    L'accélération d'une chaude flèche
Pop art, pistol chasin'    Pop art, chasse au pistolet
Cat fight intimidation    L'intimidation, crêpage de chignon
 
To read a mind you've got to    Pour lire dans un esprit tu dois
Redefine the line to make your circle sing    Redéfinir la ligne pour faire chanter ton cercle
He knows everything    Il sait tout
You make a sound    Tu fais un son
The spell is bound to come around    Le sortilege est sûr d'arriver
It's just a minor thing    C'est juste une chose sans importance
 
He knows everything    Il sait tout
It's just a minor thing    C'est juste une chose sans importance
And I'm a minor king    Et je suis le roi mineur
He knows everything    Il sait tout
 
You've got your bit part, Mozart    Tu as un petit rôle, Mozart
Hot dart acceleration    L'accélération d'une chaude fleche
Pop art, pistol chasin'    Pop art, chasse au pistlet
Cat fight intimidation    L'intimidation, crêpage de chignon
All out interfacing    Tout cela connecté
Black star motivation    La motivation d'une étoile noire
Vampire sugar junkie    Vampire drogué au sucre
Data basin' infiltration    Infiltration dans une base de données »

Minor Thing – Red Hot Chili Peppers

Gérer un tel système est un énorme travail de mémoire qui nécessite l’invention de classes et de sous-classes pour simplifier les rangements et accélérer les recherches conceptuelles.

La fragmentation de la conscience comme alternative au conflit est une aberration en soi puisqu’elle est la source même du conflit. Plus la conscience est fragmentée moins elle est capable de reconnaître l’unité de sa source subconsciente et plus elle s’épuise elle-même par le simple fait de fonctionner. La réflexion d’une psyché fragmentée est dissolue et n’a pas de signification. Ce qu’elle conçoit est très souvent incohérent et  insignifiant, allant même contre elle-même. Il faut beaucoup de mauvaise foi pour comprendre et apprécier les concepts singuliers d’une psyché fragmentée et divisée.

 

 

« Y'en a qui causent de politique,
Et puis qui me tournent en bourrique
Y'en a qui jactent philosophique
Alors que c'est chez eux, qu'y a un hic.
 

C'est facile de faire de grands débats
C'est facile en restant assis là
C'est facile de regarder tout ça
En se disant ma foi,
Mais qu'est ce que j'fous là ?

Y'en a qui comptent en statistiques,
Pour qui je ne suis qu'un moustique.
Y'en a qui calculent génétique,
Qui n'savent même pas comment on nique.

C'est facile de tous nous mettre en tas,
C'est facile de tous marcher au pas.
C'est facile, mais moi je ne veux pas,
Et je me dis ma foi,
Mais qu'est ce que je fous là ?

Et puis, y'a ceux qui ne causent pas,
Qui voudraient bien, qui ne peuvent pas,
Qui n'osent pas, qui ne font pas,
Qui n'en pensent pas moins et qui sont là,
Qui sont là, coincés entre deux flics,
Engrenagés dans cette mécanique,
Mathématique, physique, chimique,
Trafic, fric, et toute la clique,

C'est facile, de voir la vie comme ça,
C'est facile, en marchant tous au pas,
C'est facile, mais toi tu n'avances pas,

Et tu te dis ma foi,
Mais qu'est ce que j'fous là ?

C'est facile, de rester assis là,
C'est facile de voir tout par en bas,
C'est facile, de rêver qu'on est roi,
Et de se réveiller :
Mais qu'est ce que j'fous là ?

C'est facile, mais moi, marcher au pas,
Non, non, je ne veux pas,
Mais qu'est ce que j’fous là
Dis le moi !!! » 

Facile - Téléphone

 

Le remède qui consisterait à cesser de penser ou de conceptualiser pour limiter les crises et les conflits psychiques et mentaux est pire que le mal. L’esprit et la conscience sont entièrement constitués de pensées qui peuvent soient se manifester sous forme de concepts soit sous forme de perceptions. L’esprit qui ne conçoit pas n’existe pas à moins de penser, et la conscience qui ne perçoit pas est inconsciente à moins de connaître. La seule alternative sensée à l’auto mutilation de la pensée qui prend une forme conceptuelle ou perceptive n’est pas de la décapiter comme une mauvaise herbe mais de lui permettre de se réconcilier avec sa source. C’est parce qu’elle se conçoit comme coupée d’une cause commune que la pensée se singularise et s’isole dans la forme. C’est en l’aidant à reconnaître sa source qu’elle  corrige son erreur et retrouve un sens et une compréhension naturelle d’elle-même. Une pensée qui a une cause et un but partagés par son esprit et sa conscience se sent et se sait utile. Elle n’a pas besoin de se donner elle-même une signification afin de se construire une identité et une fonction adéquate. Parce qu’elle connaît sa source elle se connaît elle-même et donc elle est stable. Et sa stabilité vient nourrir la stabilité naturelle de la conscience et l’esprit peut penser de manière unifiée et non singulière.

 

Comme dans le plan physique ou chaque forme est rattachée à une fluctuation du plan subatomique, chaque forme perçue sur le plan psychique est toujours rattachée à un concept qui s’agite dans le plan subconscient. C’est ici que commence la perception et c’est ici que sa signification est donnée et que la perception est comprise ou non. Le plan subconscient comme le plan subatomique sont les deux plans causals de leur réalité. Si la signification qui est donnée au plan causal n’est pas reçue ou acceptée, la perception formelle conséquente apparaîtra sans cause et sans signification et donc semblera être sa propre source. Aucune forme physique ou psychique ne peut quitter véritablement le plan causal de leur réalité respective. Même si tous les fermions de l’univers voyagent formellement dans les champs de force de l’espace temps, ils restent reliés au plan subatomique qui est intemporel et informel. Il doit en être de même pour toutes les pensées et les idées qui traversent l’esprit et voyagent dans la conscience qui perçoit le temps et l’espace. Toutes les idées restent forcément reliées à leur source bien qu’elles puissent momentanément la perdre de vue et donc oublier leur signification véritable.

Comprendre la cohérence de l’univers physique sans comprendre comment les particules et les vecteurs de forces qui voyagent en dehors du plan subatomique est impossible. Sans cause, tout n’est que supputation futile et inutile. Il n’est pas nécessaire d’aller aux confins de l’univers pour le comprendre, il suffirait de comprendre comment une particule se manifeste maintenant pour saisir le sens de sa réalité.  

Sans la reconnaissance de la signification donnée par le plan causal et informe de la pensée, toute perception formelle est insignifiante. Tenter de comprendre à quoi sert une perception formelle sans l’information subconsciente qui l’a causée n’a aucune chance d’aboutir. Quelque soit la capacité de compréhension de l’observateur formel, la signification qu’il donnera à la perception sera toujours incomplète. Il lui est impossible de percevoir toutes les fonctions et les utilités de la forme qu’il perçoit parce qu’il n’en reconnaîtra jamais la cause. Et même s’il arrivait à fixer un concept sur sa perception, sa victoire serait de bien courte durée. Sa certitude ne serait que temporaire puisqu’elle serait changée par le simple fait de lui avoir donner une certitude conceptuelle. Donner une signification formelle à une perception modifie le point de vue de l’observateur et donc l’oblige à se redéfinir lui-même et donc à redéfinir ce qu’il perçoit à nouveau.

Ceci signifie que percevoir la vérité dans la forme et par la forme est impossible. La perception formelle oblige la conscience à ne pas chercher le réel mais à enregistrer les images qu’elle lui substitue. L’observateur formel ne voit jamais la réalité mais une image qu’il s’est faite du réel. Ainsi il peut connaître la signification effective de l’image puisque c’est lui qui l’a faite et ce qu’il voit lui parait stable pour lui seul. Mais ce qu’il voit n’est pas la réalité mais une forme conceptuelle de sa « réalité » imaginative. Ce qu’il voit n’existe pas parce que ce qu’il voit est sans cause.

Tout jugement lié au formel est donc définitivement inutile et obsolète puisqu’il porte sur des images que la psyché fabrique elle-même parce qu’elle ne connaît pas la cause informelle du réel. Un jugement signifiant doit porter sur l’informe. A moins de « percevoir » l’informe qui est la source de la forme, il est impossible de comprendre la signification de quoi que ce soit. Juger la forme sans comprendre l’informe qui est sa source est une tromperie de soi. Il est inepte de juger des images que l’on a faites soi-même.  

Or il est évident que la forme ne peut comprendre l’informe et que l’informe ne peut comprendre la forme. C’est une question de logique d’ensemble. L’informe est informel et ne peut contenir ou saisir une forme car sinon il ne serait plus informe. De l’autre coté, la forme étant une expression imagée et limitée de l’informe, ne peut pas contenir ce qui incontournable et indescriptible. Rien de formel ne peut donc comprendre et donner une signification digne de ce nom à ce qu’il perçoit.

Le formel ne peut pas se comprendre ni par lui-même, ni par l’informel. Le formel n’est qu’une apparence changeante qui danse autour d’un contenu purement informel. Au mieux il peut refléter la signification de sa source informelle au pire il ne montre que des imageries sans queue ni tête. La perception du formel n’a donc aucune utilité à moins que la signification donnée à la forme soit neutre et donc  purement transparente et limpide. Le formel est utile dès qu’il commence à être invisible. Quand le formel devient imperceptible, il peut servir de miroir pour refléter la signification contenue dans l’informel.

Chercher une signification dans le contour des formes et des apparences les rendent opaque à leur contenu. Comprendre une signification dans l’insignifiant et le changeant coupe la communication avec le contenu véritable de ce qui est perçu. L’opacité de l’apparence est une tentative pour privatiser et s’approprier un fragment de l’information réelle qu’elle tente de contenir et de cacher.

 

Il est facile de reconnaître un jugement porté sur la forme d’un jugement porté sur le contenu. Le premier induit une différence de niveau de signification entre l’observateur et l’observé, le deuxième montre l’égalité de sens entre les deux. Un jugement sur la forme parle de compréhension différée dans le temps ou l’espace. Il parle de chemin évolutionnaire et du besoin de voyager dans le futur ou le passé pour arriver quelque part. Il parle de changement nécessaire, de bien et de mal, d’attirance et de répulsion, de doutes et d’ombres portées. Il parle de tout ce qui obscurcit la signification qui est derrière la forme. Le jugement de la forme n’est que la mesure de l’opacité de la conscience qui juge la chose. Et plus la chose est jugée plus son ombre portée semble signifiante et plus le contenu est oublié. En jugeant de la signification de l’ombre, la forme qui projette l’ombre semble cause d’effet et donc source de réalité. Quand la forme devient cause, l’informe est perdu de vue et le monde  se remplit de formes de vie et de formes de réalité sans contenu. Alors, les concepts matériels et corporels semblent source de vérité et demandent une analyse approfondie pour être compris et donner en retour une signification. Sauf que l’informe ne peut comprendre le formel et donc toute forme d’analyse est vouée à l’échec.

Un jugement sur l’informe ne parle jamais de différences mais uniquement de similitudes. L’informe ne comprend pas les discontinuités. Celui qui juge ou mesure le contenu se juge et se mesure lui-même. Il doit être le même que celui qui est jugé parce que le contenu de la réalité est unifié. Celui qui perçoit une différence et croit qu’elle est réelle est aussi illusoire que sa perception. Il doit devenir formel lui-même pour juger de la forme. La forme est peuplée de discontinuité, d’échelles de niveaux et de vides parce que son rôle est de cacher la continuité, l’égalité et le plein.

La forme qui tente de se couper de l’informe est un mécanisme qui se retourne contre sa propre source. Un peu comme si elle essayait de prendre la signification de sa substance pour la séparer d’elle-même et imposer la sienne.

C’est pourquoi, la forme doit subvenir à ses propres besoins pour exister parce que sa source ne peut se laisser épuiser même en partie. La forme ne se nourrit pas naturellement d’elle-même. Elle a besoin de sucer ou d’extraire de « l’énergie » pour se nourrir et perdurer. Elle doit se motiver elle-même en permanence pour aller chercher sa pitance.

C’est pourquoi elle a besoin d’un système de récompense ou de punition. Ce qui est bon pour la forme est ce qui la maintient en forme et ce qui est mauvais est ce qui la rend transparente et révèle l’informe. Ce qui contente ou remplit la forme est récompensé par une sensation de plénitude et ce qui semble la vider est puni par une sensation de manque. Bien que totalement illusoire, la signification d’une forme pleine semble plus stable que celle d’une forme vide. C’est la peur de l’instabilité donnée par une forme transparente qui pousse la forme à se densifier en durcissant son apparence. Plus son apparence et ses formes attireront le regard plus elle sera opaque et cachera son contenu, et donc se croira stable et protégée.

Plus la forme est utilisée pour cacher son contenu, plus elle se perçoit comme  étant opaque et plus elle pense que son contenu est différent de ceux des autres formes. C’est ainsi qu’elle perd de vue la continuité de la réalité et donc de la sienne. La forme qui sert à cacher la substance limite elle-même sa perception du réel. Dans sa conception formelle d’elle-même, elle perd de vue l’égalité du contenu qui nourrit toute chose et donc elle pense que son univers est un phénomène discontinu dans lequel les échangent se font par bon au dessus du vide. Dans sa conception des choses, la vérité nourricière ne s’étend pas également partout mais se projette par saut pour se déplacer selon des échelles de valeurs discontinues et graduées. 

La forme est libre quand elle cesse de vouloir cacher son contenu. Elle est libre quand elle devient transparente comme l’est une icône. La forme qui cache des mystères est une prison qui se tient elle-même en otage. Elle fabrique une ombre d’elle-même qui l’attaque en retour en prétendant à la légitime défense. Comprendre la signification d’une forme opaque est impossible parce qu’elle est en perpétuellement en évolution. Pour comprendre se qui bouge tout le temps, il faudrait le contrôler et le maintenir de force. Or cela détruirait la forme et la rendrait complètement insignifiante.

Le seul moyen pour comprendre la signification d’une forme est de percevoir ce qu’elle tentait de cacher inutilement. Pour cela il est nécessaire d’étendre sa vision au-delà du spectre de l’apparence donnée par la forme en cherchant l’égalité entre le sujet de la perception, l’observateur et l’outil qui sert à la perception. C’est l’unité et l’équilibre entre les trois composants de la perception qui l’étend et qui élargit la vision vers l’unité de l’informe en offrant une signification également stable à l’observé et à l’observateur.

La perception des apparences a toujours pour conséquence d’augmenter l’opacité de la forme et donc de dissocier l’observateur et l’observé. Quand l’un est perçu meilleur ou moins estimable que l’autre l’observation est fragmentée et obscurcie et donc la vérité est perdue de vue. Ce qui vient à la place est une vision personnelle et individuelle des choses qui doit être défendue contre le jugement et le point de vue des autres formes. Chercher à comprendre la signification du réel en percevant les différences de la forme est un non sens. Le seul but de la forme est de permettre de la transcender. C’est par le pardon des difformités apparentes que l’informe part à sa rencontre et se rejoint lui-même.

L’amour de la forme inspire le sentiment de possession et le besoin d’appartenance à quelqu’un ou quelqu’un chose. IL asservit le possesseur et le possédant en les privant tous deux de la signification de l’informe qui les unifie et les nourrit. L’attachement à la forme coupe littéralement la diffusion et l’extension de l’informe qu’elle tente de contenir et contre laquelle elle croit lutter. Le besoin de posséder une forme pour se contenter équivaut à circonscrire l’informe. Le résultat est un univers qui semble infini tout en étant manifestement limité. Lutter pour préserver la forme c’est lutter contre la vérité. C’est faire un barrage contre une source d’alimentation infinie.

Le système qui maintient la forme est un système basé sur la frustration et le manque. La forme aime tout ce qui la coupe de l’abondance de son contenu. Le système qui entretien la forme est l’idée que la souffrance et le manque sont nécessaires à l’extension de la réalité. La forme se récompense elle-même en produisant du vide en soi et autour de chaque chose. Ce vide se traduit par des différences extérieures, des préférences individuelles, des nuances de significations, des contrastes dans la perception et afin des manques internes indéfinissables. Ces manques sont indéfinissables pour une forme aveuglée par les apparences parce qu’ils évoquent un besoin d’informe qu’elle ne comprend pas.

La perception regarde et cherche la forme parce qu’elle a peur de regarder le contenu et de voir le vide à sa place. La perception s’arrête et s’accroche aux apparences pour éviter d’être confronter au vide que lui inspirent les formes. La perception qui voit les formes perçoit du vide à la place du contenu parce qu’elle ne perçoit pas d’égalité dans la forme. Le contenu du réel est continu. Et ce qui est continu est égal parce que sans séparations. De fait le contenu du percevant, du perçu et de la perception sont identiques. Or, la perception des formes est perception de différences entre percevant et perçu. De fait, le contenu devient imperceptible et donc l’intérieur de la forme semble vide et la forme semble jaillir du néant pour aller nulle part. Ce qui a pour effet de forcer la forme à cherche un sens à ce qu’elle perçoit. La forme cherche parce qu’elle refuse de voir l’égalité qui est donnée gracieusement.

C’est pourquoi toutes les formes semblent apparaître dans la perception sans que celle-ci en reconnaisse la cause et le sens. Et c’est pourquoi a perception croit que son devoir est de donner une cause et une signification à ce qu’elle voit.

La perception honnête qui veut véritablement comprendre le pourquoi et le comment de ce qu’elle perçoit connaît que le sens et la signification de toute chose sont donnés uniquement pas leur contenu. A moins de percevoir le contenu de la forme, la forme est insignifiante. Or pour percevoir le contenu d’une forme il est nécessaire que l’outil d’observation soit continu à ce contenu et au contenu de l’observateur. L’outil qui perçoit la forme ne peut comprendre l’informe.

C’est ici que se trouve l’obstacle à toute perception juste. Si le contenu est  préjugé vide ou insignifiant, la perception du contenu est impossible car dangereuse pour l’observateur.

La perception du contenu se fait sans peur et sans préconception. La conscience doit être purement réceptive sans tenter de faire quoi que ce soit. Il est nécessaire que l’observateur prenne conscience de l’invariance de son propre contenu pour percevoir le contenu de toute forme sans peur. En percevant son invulnérabilité il l’étend à sa perception et sa perception peut s’identifier au contenu de la réalité. Seule une perception unifiée peut se fondre dans la connaissance de ce qui est unifié. 

Pour présumer que le contenu d’une forme est différent du sien, il est débord nécessaire de méconnaître son propre contenu. Le jugement d’autrui est la conséquence de son propre jugement. Seul celui qui ne se connaît peut croire qu’un autre soit différent de lui pas son essence. Il faut se percevoir soi-même comme étant fragmenté pour croire que les autres sont réellement différents. Pour décider de ne pas reconnaître que la vérité est également présente partout, il faut d’abord nier la sienne. Et une fois que la vérité est niée en soi, il est impossible de la reconnaître ailleurs. Il n’est pas de plus grande source d’illusion ou de désillusion que de voir la vérité ou la perfection ailleurs sans la reconnaître aussi en soi. Se joindre à cette vérité présumée pour l’avoir à soi est une perte de temps.

Juger toute chose comme imparfaite est un mécanisme de défense pour permettre de se supporter soi-même comme étant imparfait. Juger et mesurer toute chose sur une échelle graduée qui se partage entre le néant et l’infini est une protection contre le manque que l’on pense fourbir en soi. En jugeant dans le presque parfait, la perception protège son hôte de la dépression mais le plonge dans le doute perpétuel. Voir la perfection dans des endroits localisés est encore pire puisqu’elle plonge celui qui croit la percevoir dans les affres de l’envie.

La perfection se reconnaît et s’atteint pareillement en autrui et en soi. C’est l’égalité ou l’unité de la perception qui est le reflet de la perfection et qui démontre la sécurité du réel. Il est nécessaire de croire à un manque en soi pour le voir partout. Et il est nécessaire de voir un manque partout pour nourrir la croyance dans le manque qui est cru en soi. Une fois cru comme une réalité, le manque se propage au travers de la perception et se dépose sur toute chose perçue. Et plus il y a de choses perçues plus l’unité de la perception est manquante et plus la réalité parait fragmentée et nuisible.

C’est ainsi que le manque qui est l’expression du néant se nourrit lui-même et enfle démesurément pour tenter de supplanter l’infini et imposer sa continuité disparate à la vérité.

Quiconque croit qu’il existe un manque en soi sera terrorisé par l’idée que la vérité puisse se trouver en tous et en toute chose. Il est nécessaire de croire qu’il y a un manque en soi pour avoir peur de voir la vérité et la fuir comme la peste. Or il suffit de percevoir la vérité en un seul pour s’apercevoir qu’elle est présente partout et donc qu’il n’y a aucun manque en soi.

La vérité est trouvée quand elle est cherchée là où elle est. Celui qui en a peur la cherchera là où il sait qu’il ne la trouvera pas. Il concentrera toute son attention et ses capacités d’apprentissage pour justifier la forme et les différences en feignant de  croire que l’égalité est un mythe utopique. Il situera la perfection à plus tard parce qu’il est certain qu’ainsi il n’arrivera jamais à ses fins et se préservera de la peur de la vérité. La perfection n’est jamais de la forme mais de la reconnaissance de la continuité du contenu. Celui qui ne perçoit aucun manque en lui-même ne peut s’arrêter sur la forme. Il ne peut donc percevoir aucune imperfection en autrui. Parce qu’il n’a besoin de rien, il ne demande rien et donc n’induit pas la peur. Parce que l’autre ne se sent pas solliciter, il en déduit que la complétude est possible et donc peut de nouveau croire en la sienne. La perception est toujours cohérente avec son point de mire. Ce qui est cherché est toujours trouvé. L’outil qui sert à percevoir ne perçoit que ce pourquoi il est mandaté. Prendre les différences qu’il rapporte pour la réalité est une manière de tromper la vérité.

Il est nécessaire de se juger insuffisant soi-même pour pouvoir juger de l’insuffisance d’autrui. Il est nécessaire de s’identifier à une forme pour voir la forme en lieu et place du réel. C’est ainsi que l’insuffisance se propage par projection et que la réalité semble jaillir du vide. Et c’est ainsi que la source du réel est assimilée au néant et donc devient effrayante.  Ce cercle vicieux est le ferment du chaos puisqu’il semble vider toute chose de sa substance et donc la rend insignifiante. Où que se tourne la perception elle montre une réalité qui tend naturellement vers plus de séparation, plus de complexité et plus de fragmentation. La mécanique de l’insuffisance projette un univers qui vient de nulle part pour fuir dans le néant. Dans cet enchaînement perpétuel la peur s’engendre elle-même et se propage dans le temps. Le seul moyen d’en sortir est de ne pas y entrer en fermant la porte à la méfiance qui vient du temps qui passe pour désunir le temps qui fuit.

Le contenu de toute chose n’est pas vide mais plein de sens et sa signification est la même partout. C’est cette égalité qui assure la continuité de la signification du contenu et donc sa vérité et son authenticité. Ce qui ne peut pas être séparé doit être infini et ce qui est infini doit être fiable et stable. La perception ne fait pas le monde formel mais elle donne à croire qu’il est réel parce que celui qui le regarde se juge lui-même formellement insignifiant. Toute perception qui ne parle pas d’égalité doit être considérée comme suspecte. Une différence perçue entre deux choses qui font partie d’une même réalité est une erreur de perception conséquente d’une mauvaise conception de soi-même.

Seul celui qui s’est enfermé lui-même dans une perception limitée peut croire qu’il est bon de priver les autres de leur liberté parce qu’en les limitant il garde l’espoir d’éviter sa vérité. C’est la peur d’avoir gâcher sa vie qui force à gâcher celle des autres.

C’est une erreur que de tenter de faire l’égalité dans la forme. L’égalité vient d’elle-même ou ne pas du tout. L’espoir qui consiste à égaliser les formes et les cellules de chacun pour reformer un semblant d’égalité et ainsi restaurer une vérité fictive est un faux espoir. C’est une tentative pour garder le vrai et le faux au même niveau. L’uniforme n’est pas l’informe. C’est juste une tentative pour stabiliser la forme tout en continuant de nier l’égalité du contenu. L’uniforme ne libère pas et ne protège pas parce que l’égalité de forme est une utopie inepte et pire que la diversité des formes. Un monde ou toute forme de vie serait égale n’est pas un paradis égalitaire mais un enfer totalitaire. L’égalité ne vient que de l’informe et l’informe ne se mesure pas.

 

 

« Sur la piste d'un crotale dans le désert de l'Utah
I pick up my money and head back into town    J'ai ramassé mon argent et je suis retourné en ville
Driving cross the Waynesboro county line    J'ai traversé la frontière du comté de Waynesboro
I got the radio on and I'm just killing time    J'ai allumé la radio et je tuais juste le temps
Working all day in my daddy's garage    Travaillant toute la journée dans le garage de mon père
Driving all night chasing some mirage    Conduisant toute la nuit, poursuivant un mirage
Pretty soon little girl I'm gonna take charge    Très bientôt, petite fille, je vais me prendre en charge
 
[Chorus]    [Refrain]
The dogs on Main Street howl    Les chiens dans la grande rue hurlent
'cause they understand    Parce qu'ils comprennent
If I could take one moment into my hands    Si je pouvais tenir un moment dans mes mains
Mister I ain't a boy, no I'm a man    Monsieur, je ne suis pas un garçon, non je suis un homme
And I believe in a promised land    Et je crois en une terre promise
 
I've done my best to live the right way    J'ai fait de mon mieux pour vivre dans le droit chemin
I get up every morning and go to work each day    Je me suis levé chaque matin et j'ai été au boulot chaque jour
But your eyes go blind and your blood runs cold    Mais tes yeux s'aveuglent, et ton sang se refroidit
Sometimes I feel so weak I just want to explode    Quelquefois, je me sens si faible que je voudrais juste exploser
Explode and tear this whole town apart    Exploser et déchirer toute cette ville en deux
Take a knife and cut this pain from my heart    Prendre un couteau et découper cette souffrance de mon coeur
Find somebody itching for something to start    Trouver quelqu'un à qui ça démange de démarrer quelque chose
 
There's a dark cloud rising from the desert floor    Il y a un nuage sombre qui s'élève du sol du désert
I packed my bags and I'm heading straight into the storm    J'ai fait mes bagages et je me dirige directement dans l'orage
Gonna be a twister to blow everything down    Ca va être une tornade qui renversera tout
That ain't got the faith to stand its ground    Qui n'aura pas la foi de tenir bon
Blow away the dreams that tear you apart    Renversera les rêves qui te déchirent
Blow away the dreams that break your heart    Renversera les rêves qui brisent ton coeur
Blow away the lies that leave you nothing but lost and brokenhearted    Renversera les mensonges qui te laissent seulement perdus et le coeur brisé »

The promised land – Bruce Springsteen.

 

Une forme sans contenu est insignifiante parce qu’une forme sans contenu n’existe pas. Croire qu’une forme vide est réelle est le fondement de la peur puisque cette idée insinue que le néant est source de pouvoir et donc que la réalité peut être vide de sens et de signification par endroit. Ce concept induit automatiquement la méfiance et le retrait. Le retrait induit le besoin de changer son point de mire afin de pouvoir percevoir à distance et donc de se fermer si ce qui est perçu semble nuisible. C’est ainsi que toute chose est perçue avec un temps de retard et que le percevant doit imaginer ce que cache ce retard. Le retrait fait la perception qui fait l’espace que le percevant doit maintenant combler avec des images pour donner une continuité à ce qu’il voit. Moins il y a de discontinuité ou de retard entre l’observateur et l’observé moins la perception est fragmentée et moins il est nécessaire de fabriquer des images pour combler les vides.

La perception juste s’effectue sans travail et ce qui est perçu n’est pas effrayant, ni épuisant. Mais plus la perception se formalise en imposant ses propres significations au réel, plus elle se fragmente et perd le fil de la vérité. Quand les images deviennent plus importantes que le contenu, la réalité devient une forme perceptive et le monde ne supporte plus que la signification donnée par celui qui le perçoit. C’est ainsi que le percevant se confond lui-même inconsciemment avec le créateur du réel et donc ne peut plus croire consciemment à l’existence d’une vérité immanente et créatrice. Sauf que sa réalité semble impermanente et le monde instable et changeant.

Celui qui s’est habitué à tirer sa source de signification de la forme doit apprendre à se ressourcer dans l’informe pour se libérer de la forme. Cet apprentissage n’est pas graduel mais il paraît graduel à cause du détachement de la forme qui doit se faire graduellement. Se couper de l’alimentation de la forme sans percevoir la lumière vivifiante de l’informe est un suicide. Personne ne peut rester sans une source de signification sans sombrer dans la démence. C’est à cela et à cela seul que sert le temps. Le temps n’est pas nécessaire pour reconnaître l’informe mais pour se détacher de la signification de la forme. La prise de conscience que la forme est illusoire se fait donc par saut ou par bond mais la reconnaissance de l’informe est immédiat.

Le manque prend forme quand l’idée que l’absence de la forme induira de la perte de sens. De fait la forme semble cause d’effets et donc sa signification devient réelle et se substitue à l’informe. Des formes sans signification sont sans existence. Le seul moyen d’échapper au vide est donc leur donner une signification pour soi. Or à quoi peut bien servir la forme sinon à se défaire de son propre manque ? C’est donc par relativité que la forme semble signifiante. C’est parce qu’une autre forme donne l’illusion de pouvoir acquérir un soi meilleur qu’elle devient signifiante. Si ce n’est pas le cas, elle peut permettre de percevoir un soi moins complet et donc de rehausser l’estime de son propre soi. Quand des  formes se croisent leur premier réflexe est soit de chercher ce qu’elles peuvent prendre à l’autre pour nourrir leur soi, soit de percevoir ce qui manque à l’autre forme afin de rendre son soi plus signifiant. Celui qui perçoit un manque en autrui doit croire qu’il l’a en soi. C’est ainsi que la complétude des uns se nourrit à partir du vide des autres en vidant ce que les autres possèdent. Le plein ne peut se nourrir du vide et le manque ne peut être cause de satisfaction. Les formes sont des vases communiquant une illusion du bonheur contre une illusion de malheur. Chacun se nourrit de la relative force ou faiblesse de l’autre. Parce qu’elles négocient leurs illusions, elles pensent partager quelque chose et donc maintiennent la réalité de leur manque.

La forme qui perçoit un manque dans une autre forme et qui réagit à ce manque en éprouvant une émotion atteste que ce manque est réel dans les deux. Parce que le manque perçu devient cause d’effet en deux lieux différents, ce manque devient un vecteur de force et donc une expression de la réalité pour ceux et celles qui le perçoivent et en sont affectés. Même si la forme qui réagit au manque de l’autre forme nie la réalité de ce manque en elle-même, elle se trompe. Parce qu’elle a été affecté par ce qu’elle a vu à l’extérieur, elle l’a partagé et donc l’a réalisé en soi et en autrui. Le manque qui était virtuel est maintenant réel pour les deux parce qu’il est cause d’effet partagé. Qu’ils le veuillent ou non, les deux qui partagent le même effet se sont associés et ne font plus qu’un autour d’une même cause. Dans ce type de relation où le manque est une cause d’effet, la forme de réalité correspondante est fondée sur l’idée que la cause primordiale de toute chose est impénétrable et semble jaillir du néant.

Seul un monde encore plus insignifiant peut rassurer ceux qui se perçoivent eux-mêmes comme incomplets. Pour se protéger de la folie, la réalité doit rester vide de sens malgré les apparences et les formes de similitudes. Les formes se rassemblent parce qu’elles font commercent du manque. Leur manque de signification leur sert de base commune pour fonder leur communauté de forme. Leur communauté de forme leur sert ensuite pour se définir eux-mêmes et ainsi donner une signification aux formes qu’elles perçoivent. Ce sont ces concepts formels qu’elles défendent par dessus tout parce qu’ils leur garantissent une forme d’existence. La seule condition  est demandée pour entrer dans le cercle d’une communauté est de nier qu’il y a un trou béant au centre de leur forme de vie.

 

 

 

« Theres a hole in my life Il y a un manque dans ma vie
Theres a hole in my life    Il y a un manque dans ma vie
 
 
Shadow in my heart   Une ombre dans mon coeur
Is tearing me apart    Est en train de me déchirer en morceaux
Or maybe its just something in my stars Ou peut-être c'est juste quelque chose dans mes étoiles
 
 
Theres a hole in my life    Il y a un manque dans ma vie
Theres a hole in my life    Il y a un manque dans ma vie
Be a happy man    Être un homme heureux
I try the best I can    J'essaie du mieux que je peux
Or maybe Im just looking for too much  Ou peut-être que j’en demande trop
 
Theres something missing from my life    Il y a quelque chose qui me manque dans ma vie,
Cuts me open like a knife    Qui m'étripe comme un couteau
It leaves me vulnerable    Cela me laisse vulnérable
I have this disease    J'ai cette maladie
I shake like an incurable    Je tremble comme un condamné
God help me, please    S'il te plait, dieu, aide moi
Oh, theres a hole in my life    Oh, il y a un manque dans ma vie
Theres a hole in my life    Il y a un manque dans ma vie
 Yeah Yeah Yeah
 
Theres something missing from my life Il y a quelque chose qui me manque dans ma vie,
Cuts me open like a knife   Qui m'étripe comme un couteau
It leaves me vulnerable    Cela me laisse vulnérable
I have this disease    J'ai cette maladie
I shake like an incurable    Je tremble comme un condamné
God help me, please    S'il te plait, dieu, aide moi
Oh, theres a hole in my life    Oh, il y a un manque dans ma vie
 
Theres a hole in my life    Il y a un manque dans ma vie »

A hole in my life – The Police

 

C’est le déni du contenu qui permet d’assurer une contenance en société. Le déni universel du manque est le voile jeté sur la vérité. Il est la trame sur laquelle les formes projettent l’image de leurs idoles, de leurs héros et de leurs dieux particuliers à la place de la vérité commune à toute chose.   

Plus la forme est adorée, plus la signification des manques internes est refoulée et incompréhensible. Ainsi la forme est obligée de se contenter avec d’autres formes et donc de se récompenser en se donnant des formes de possessions. Une forme de vie se nourrit de formes mortes ou serviles mais jamais de la vie.

Les formes aiment à se réunir autour d’un besoin commun afin de se comparer entre elles et ainsi de juger quelle image est la plus signifiante pour cacher le vide et la plus apte à servir de modèle pour donner un sens à leur forme d’existence sans substance. L’image qui tient le premier rang devient le point de mire de la perception et le but à atteindre. Tout ce qui s’en approche est jugé bon et tout ce qui s’en écarte mauvais. Ce manège perdure tant que la ressemblance n’est jamais totale. L’univers des formes est peuplé de centres d’attractions qui permettent d’orienter l’espace et de donner un sens au temps qui passe.

Le seul moyen d’échapper à l’attraction des formes est de choisir un autre point de mire. Il est inutile de lutter ou d’accompagner le champ d’attraction des formes. La seule façon d’en échapper est de s’apercevoir qu’il n’affecte en rien le contenu réel de toute chose. Tous les champs d’attraction formels sont sans effet sur la vérité. Tenter de posséder une forme pour soi afin de s’approprier son pouvoir attractif est sans signification puisque son contenu véritable est déjà en soi. Ce que tente de cacher la forme n’est pas privé mais universellement reconnu de toute la réalité et donné également à tout. Toutes les formes ont le même contenu en vérité et en illusion. C’est quand ce contenu est présumé différent à cause du témoignage mensongé de la forme qu’il est perdu de vue et que la différence de forme devient signifiante et cause d’effet. La forme  n’est une prison que pour celui qui la juge sans même voir son contenu.

 

« Chéri, cesse de m'embrouiller
With your wishful thinking    En prenant tes désirs pour des réalités
Hopeful embraces    Avec tes étreintes pleines d'espoir
Don't you understand ?    Ne comprends-tu pas ?
I have to go through this    Je dois traverser cela
I belong to here where    J'appartiens à cet endroit où
No-one cares and no-one loves    Personne n'aime
No light no air to live in    Ni lumière ni air pour vivre
A place called hate    Un endroit appelé haine
The city of fear    La ville de la peur
 
I play dead    Je joue à la morte
It stops the hurting    Ca arrête la souffrance
I play dead    Je joue à la morte
And the hurting stops    Et la souffrance s'arrête
 
It's sometimes just like sleeping    Parfois c'est comme le sommeil
Curling up inside my private tortures    Je me pelotonne dans mes tortures intimes
I nestle into pain    Je me blottis dans la douleur
Hug suffering    J'étreins la souffrance
Caress every ache    Caresse chaque mal
 
I play dead    Je joue à la morte
It stops the hurting    Ca arrête la souffrance
PLay dead - Bjork

 

 

Les dieux, les idoles et les héros de la forme sont aussi creux que leurs adorateurs et fidèles. Les uns n’existent pas sans les autres. Pourtant il suffit d’un simple changement de point de mire pour que tous retrouvent leur liberté sans forme et voit leur véritable contenu. Il est tentant de sélectionner les formes afin de les rendre de plus en plus signifiante mais dans quel but ? Une forme n’atteindra jamais la signification de son contenu. Quand la signification d’une forme particulière est substituée au contenu la croyance devient vérité et la forme emprisonne la perception. La forme faite cause est alors prise pour centre d’intérêt et l’envie de changer sa propre forme pour posséder le même pouvoir ouvre la porte aux délires qui consistent à croire que la vérité peut varier. Tout ce qui est variable, qui peut se posséder, se mériter, se gagner ou même se voler est faux. La vérité n’est pas un pouvoir variable qui peut se fragmenter et se monnayer. C’est un pouvoir qui s’accepte tel qu’il est en étant donné.

Une forme est utile quand elle laisse transparaître la lumière contenue dans toutes les formes. Cette signification invariante est claire parce qu’elle est facilement compréhensible par tous. Ce qui est compris et simplement apprécié. Et ce qui est partagé partout n’a pas besoin d’être attaqué, défendu ou adoré. 

 

 

 

Il est indéniable qu'au moins une partie de l'esprit de l'homme fonctionne de manière automatique qui échappe à la volonté de son entendement conscient. Une partie de l'esprit fonctionne de manière inconsciente et l'autre consciente. Laquelle des deux parties conditionne l'autre ? Ou plutôt laquelle des deux est antérieure à l'autre ? Est-ce les volontés conscientes

Genesis Mission's Hard Impact
Credit: Genesis Mission, NASA

qui conditionnent le fonctionnement « caché » de l'esprit ou bien l'inverse ? En d'autres termes qui est cause de qui ou de quoi ? Où se trouve l'auteur de l'identité qui est l'image de l'esprit ? Qui décide de l'identité du sujet qui existe et entre en relation avec le monde réel ? Et enfin et surtout pourquoi l'esprit semble-t-il fonctionner ainsi ? Pourquoi l'esprit semble fonctionner suivant un mode conscient et un autre inconscient ? Est-ce que le monde inconscient est le reflet du monde conscient ? Est-ce que le monde inconscient suit les mêmes lois que le monde conscient ? Est-ce que les relations qui se tissent dans le mode inconscient sont antérieures ou causales de celles qui se tissent dans le mode conscient ?

Pour répondre à toutes ces questions, il est nécessaire de trouver comment la partie consciente de l'esprit communique avec la partie inconsciente. Mais avant d'aller plus loin, il y a un préambule qui doit être accepté de plein de gré. Ce préambule incontournable est le suivant : les deux parties conscientes et inconscientes de l'esprit sont en relation. Il existe de manière certaine une relation entre la partie consciente de l'esprit et sa partie inconsciente. La seule condition pour qu'il n'y ait aucune relation entre les deux est que l'esprit soit totalement conscient ou inconscient.

Sans la reconnaissance de ce fait, toute  forme de réflexion sera incomplète et infructueuse. Tout ce qui est pensé sur un mode conscient a une répercussion réflexive dans le monde inconscient et inversement. La question est donc de savoir lequel des deux modes est source de l'autre.

Est-ce la pensée consciente qui est cause d'effets sur l'inconscient ou bien l'inverse ? Quel est l'ordre naturel des choses ? De la compréhension de ces deux questions découle la reconnaissance véritable de la nature de l'esprit.

Si le mode inconscient est causal ou antérieur au mode conscient, considérer les pensées conscientes comme  une cause réelle est une tromperie de soi. Si l'inconscient est la source du processus de pensée, tenter de contrôler ou d'agir sur et avec la pensée consciente est une supercherie illusoire. Ce n'est pas la marionnette qui manipule le marionnettiste.

Mais si le mode conscient est causal, alors à quoi peuvent bien servir les pensées inconscientes ? 

Est-ce qu'un esprit conditionné par ses propres pensées inconscientes fonctionne dans le bon sens ? Ne serait-ce pas logique de penser que c'est parce qu'il fonctionne de manière inversée qu'il génère un espace inconscient qui le conditionne et prend le pas sur lui-même ?

Peut-on aller contre sa propre nature sans souffrir ? Peut-on nier ce qui coule de source et connaître la paix ? La source de la souffrance n'est-elle pas de résister à ce qui va de soi ?

Mais que peut-on faire quand tout ce qui semble couler de source va de travers ? Que faire quand ce qui semble naturellement venir de soi est dévastateur et destructeur de son propre idéal ? Que faire quand ce qui monte du plus profond de soi est un sentiment d'indignité, d'envie, de manque, de colère, de peur, de haine ou de culpabilité ?

Quand l'effet se sent obliger et contraint d'aller contre ce qu'il pense être sa source naturelle alors l'effet en question est en enfer. Quand ce qui doit inspirer, guider, indiquer et décider semble aller contre soi-même, l'existence est une prison.

Si le naturel semble contre nature à la pensée consciente, l'esprit est plongé dans le paradoxe. Il ne sait plus quoi faire et à quoi il sert. Sa cause pourrait-elle lui intimer l'ordre d'aller contre ce qu'elle lui dit de faire ? N'est-ce pas un paradoxe en soi ? Quelle source sensée pourrait demander à son effet de la détruire ? Quelle image de soi-même peut avoir l'effet qui pense que son devoir est de lutter contre sa nature créatrice ? Cet effet ne sait plus à quel sein se vouer parce qu'il n'a plus aucune référence. Son conseiller lui intime l'ordre de faire la guerre contre sa propre réalité causale.

C'est la fonction qui décide de l'identité. Le rôle détermine le sujet. Quand la fonction n'est plus reconnue, l'identité est perdue. Celui qui connaît sa fonction se connaît lui-même. Mais il y a pire que de nier sa fonction et perdre de vue son identité. C'est la prise d'une fonction que l'on ne veut pas. Celui dont la fonction semble imposée de force prend l'identité de l'esclave. Et celui dont la fonction est de détruire ce qui semble naturel prend l'identité du meurtrier de sa vérité.

Même s'il pense qu'il le fait contraint et forcé, il sera celui qui s'est chargé de détruire la réalité. 

La pensée, qu'elle soit consciente ou non, n'a aucune raison de causer et conditionner une pensée qui tenterait de la contrôler contre son propre gré. A moins d'être malade d'elle-même, la pensée consciente n'a aucune raison de conditionner une pensée inconsciente qui la contrôle et l'asservit malgré elle. Une pensée consciente qui conditionne des pensées inconscientes doit fonctionner de travers. De même si la pensée inconsciente est cause de la pensée conscience, pourquoi conditionnerait-elle une réflexion consciente qui lutterait contre son propre inconscient ?

Dans tous les cas, il est important de comprendre comment l'esprit a pu perdre le contrôle de lui-même.


« Ce n'est pas censé être une dispute

Ce n'est pas sensé être un combat épuisant
Oh !
Ce n'est pas sensé être une dispute
Ce n'est pas sensé être un combat épuisant
Oh !

Tu essaies trop fort
Abandonne
Cède
Tu essaies trop fort
Tu essaies trop fort, ah

Ce n'est pas sensé être une dispute
Ce n'est pas sensé être un combat épuisant
Doucement
Ce n'est pas sensé être une dispute
Pour apprécier
Ce n'est pas sensé être un combat épuisant
Oh je

C'est chauffé maintenant
Penches toi dessus
Dévoile
Dévoile généreusement
Abandonne

c'est pas sensé être une querelle
c'est pas sensé être un rude lutte

je prie
pour être
dans un mode généreux
la gentillesse même
la gentillesse même
pour me donner en partage
doucement ravie

c'est pas sensé être une querelle
c'est pas sensé être un rude lutte

annule

annule : si tu saignes
annule : si tu transpire
annule : si tu pleures

annule »

Undo - Bjork


Est-ce que l'inconscient a vraiment une raison d'être au sein d'un esprit sain ? N'est-il pas évident que donner la cause de ses pensées à une part inconsciente de soi est une sorte d'abandon de ses responsabilités dicté par un manque de confiance en soi et en sa réalité ?

Pourquoi l'esprit conscient placerait-il la source de son pouvoir décisionnel dans une région inaccessible sinon parce qu'il a peur de ses propres créations ? Mais n'est-ce pas justement le fait de nier cette puissance créatrice en la cachant dans l'inconscience qui rend l'esprit impuissant ? Et n'est-ce pas le fait de cacher la source de ses créations qui fait qu'elles en deviennent apeurantes ? Forclore le pouvoir créatif dans une zone inconsciente de soi réduit l'activité consciente à un simple processus de décision de type sélectif. En abandonnant la force de création à l'inconscience, la conscience se cantonne à un rôle de demandeur voir de souffre douleur. Elle est l'esclave d'un conditionnement qui lui échappe et doit prier pour que sa source satisfasse des besoins que cette même source lui impose.

Dans ce mode relationnel la partie consciente de l'esprit ressemble plus à un cobaye soumis aux caprices d'une cause aveugle et sourde qu'à la manifestation d'une force créatrice et vivante.

Si l'esprit conscient n'a plus le pouvoir de créer vraiment, il ne sert plus à rien et le sujet n'a plus de fonction et encore moins d'identité reconnues. Si la part consciente de soi n'est qu'une marionnette qui mime des décisions prises par une part inconsciente et inaccessible, alors son existence est complètement illusoire et son monde réflexif n'est qu'un fantasme soumis à des impulsions chaotiques. L'identité consciente n'est ni libre, ni vivante mais elle n'est pas morte non plus. C'est juste une forme de vie qui sert de faire valoir à un pouvoir occulte.


Pour savoir où se trouve la cause de la pensée, il est donc primordial d'observer de très près le mécanisme relationnel entre la conscience et l'inconscience.

Or, il est impossible d'observer l'inconscient directement. Ce qui est perçu directement fait partie intégrante du conscient. La conscience et l'inconscience sont reliées par un mécanisme réflexif qui n'est pas direct ou droit sinon l'inconscience n'existerait pas. L'invisible ne peut pas être perçu car à l'instant où il est perçu il devient visible. Un esprit pleinement conscient est un esprit dont la conscience et l'inconscience sont alignées ou en face à face.

Le miroir qui relie la conscience et l'inconscience fonctionne comme un plan incliné. La conscience ne peut pas voir l'invisible mais elle peut voir ses effets et donc observer leur source indirectement.

Examiner cette réflexion indirecte ne peut pas être nuisible. C'est le déni de cette relation qui l'est. Le désir naturel d'une cause est de se manifester. Une cause se manifeste grâce et par son effet. Elle n'est pas complète sans lui et lui n'est pas complet sans elle. Aucune cause sensée ne pourrait désirer produire un effet qui ne la reconnaît pas. Si la part inconsciente de l'esprit est cause de la pensée, elle a besoin d'être reconnue par son effet pour être comprise et se réaliser. Même si elle ne peut être observée directement, le fait d'occulter sa lumière ou sa volonté doit la priver de ses effets et donc de sa réalité. Que peut-elle faire sinon appeler indirectement la part consciente de l'esprit pour qu'elle l'entende et la considère en réalité et non de manière imaginaire ? Ce n'est pas à l'effet d'imaginer ce que sa cause devrait être. En le faisant il nie la réalité de sa propre cause et se fait cause lui-même. Un effet est un effet. S'il dicte à sa cause ce qu'elle devrait être pour le satisfaire, il nie son pouvoir de cause et donc il se nie lui-même puisqu'il est la manifestation de ce pouvoir.

La part causale de l'esprit n'a aucune raison d'être cachée de son effet. Il n'y a aucune raison pour que l'esprit ne connaisse pas la source des ses motivations et de ses pensées. La seule condition pour qu'une partie de l'esprit semble inconsciente à l'autre est un déni arbitraire du sens naturel de la causalité.

La seule condition pour que la symétrie réflexive entre la cause et effet de la pensée semble brisée doit être qu'une partie effective de l'esprit décide d'être l'auteur de ses pensées et non la manifestation. Quand une part effective de l'esprit cherche à définir ce qu'est la source de la pensée, elle perd de vue la lumière signifiante de sa cause et se plonge elle-même dans le noir. Non seulement elle rend inconsciente la partie qui cause ses pensées  mais en plus elle en fait son ennemi intime et privé puisqu'elle a décidé d'être elle-même sa propre cause. En cherchant à définir ce que sa cause créatrice doit vouloir pour la contenter, elle fait de sa cause réelle une gêne qui doit être occultée.

C'est ainsi que la part inconsciente de l'esprit effectif semble se former et devenir une cause occulte et niée à ce qu'il dit et pense. En vérité, c'est l'inverse qui doit se produire. Il est plus probable que la véritable partie consciente de l'esprit n'est pas recouverte d'un voile noir qui la rend aveugle d'elle-même et de ses effets. Il est plus logique de penser que c'est la partie effective qui cherche à cacher sa véritable cause pour définir la sienne qui s'est posée un voile sur les yeux et qui s'est plongée dans l'inconscience de sa réalité.     

Pour cette partie véritablement inconsciente mais qui se croit consciente, la réalité source est non seulement ignorée mais sa présence est même gênante. Pour l'effet qui veut instaurer son ordre personnel, la reconnaissance de la cause véritable signifie l'anéantissement de ses conceptions de soi. De plus, comme il souhaite être l'effet de la cause qu'il définit lui-même, l'effet sans cause réelle doit faire en sorte de ne jamais observer directement sa véritable source. C'est pourquoi son inconscience relative et personnelle doit lui paraître obscure et dangereuse afin qu'il s'en écarte et ainsi protège l'identité qu'il a causée en imaginant ce que la réalité devrait être pour le contenter.

A moins de protéger le mensonge, il n'y a aucune raison pour ne pas chercher à comprendre le lien réflexif qui unifie les deux parts de l'esprit. Si la partie consciente de l'esprit est en fait la partie inconsciente de sa réalité, elle a besoin d'être éclairée par la lumière qu'elle a cachée en se mettant des préjugés sur les yeux. Et si la part consciente de l'esprit est vraiment consciente, elle a tout a gagné de comprendre les mécanismes qui provoquent ses décisions et ses pensées.


"Im scared of swimming in the sea

Dark shapes moving under me
Every fear I swallow makes me small
Inconsequential things occur
Alarms are triggered
Memories stir
Its not the way it has to be
Im afraid of what I do not know
I hate being undermined
Im afraid I can be devil man
And Im scared to be divine
Dont mess with me my fuse is short
Beneath this skin these fragments caught
When I allow it to be
Theres no control over me
I have my fears
But they do not have me
Walking through the undergrowth, to the house in the woods
The deeper I go, the darker it gets
I peer through the window
Knock at the door
And the monster I was
So afraid of
Lies curled up on the floor
Is curled up on the floor just like a baby boy
I cry until I laugh
Im afraid of being mothered
With my balls shut in the pen
Im afraid of loving women
And Im scared of loving men
Flashbacks coming in every night
Dont tell me everythings alright
When I allow it to be
It has no control over me

I own my fear

So it doesnt own me
Walking through the undergrowth, to the house in the woods
The deeper I go, the darker it gets
I peer through the window
Knock at the door
And the monster I was
So afraid of
Lies curled up on the floor
He's curled up on the floor just like a baby boy

I cry until I laugh."

Darkness - Peter Gabriel


Tant qu'un doute subsiste en soi, cela signifie que les deux parts conscientes et inconscientes de l'esprit ne sont pas en face en face. Le doute n'est pas le témoin d'une faute  mais d'une erreur d'alignement. Il signifie que le miroir de la réflexion est incliné ou qu'il existe une différence de densité réflexive arbitraire entre deux parts unifiées de l'esprit et que la conscience communique avec l'inconscience selon des lois de transformations diffractives et angulaires. La relation pour passer de la relativité de l'imaginaire inconscient à l'absolu de la réalité consciente suit encore des lois de transformations trigonométriques qui intègrent des fractions d'unité sous la forme de projections symboliques d'angles de vues. La conscience doit imaginer des symboles représentant sa réalité inconsciente et niée puis les projeter sur des écrans afin de les percevoir sans les dévoiler complètement.

La vérité n'a pas besoin d'être apprise ou enseignée. Ce sont les conditions pour s'en souvenir qui ont besoin d'être apprises pour un esprit qui fait fausse route parce qu'il se prend pour une cause de la réalité alors qu'il en est un effet. La réalité  se reconnaît elle-même une fois que les yeux sont dévoilés du mensonge et délivrés de la peur. Les yeux de la conscience sont toujours grand ouverts mais que peuvent-ils voir devant un mur de réflexion sinon leur propre terreur. C'est à l'esprit qui s'est posé sur les yeux un écran animé et éclairé par ses propres doutes et qui pense que cet écran est la réalité qu'il doit éprouver la nécessité d'apprendre comment voir à nouveau. Et il l'apprendra en découvrant que la toile cirée qu'il s'est mise sur la face  ne le réjouit pas mais l'étouffe et l'empêche de respirer.

Quand le sujet qui se croit conscient est en fait la part inconsciente de l'esprit parce qu'il se prend pour la cause de sa réalité, la réflexion est sens dessus dessous. Ainsi divisé, l'esprit est dans un tel état de confusion qu'il peut croire que le monde s'est vraiment fait lui-même et donc qu'il est issu du néant. L'esprit qui se croit capable de faire ce qui est absolument impossible à réaliser est inconscient. Mais dans son délire il se croit conscient parce qu'il éprouve un désir conscient et donc a l'impression de pouvoir causer des effets.

Seule une partie circonscrite et limitée de l'esprit peut confondre la conscience et l'inconscience et prendre ses perceptions limitées de sa sphère individuelle pour la réalité. Tout ce qui est perçu dans un rayon limité ne peut pas être appelé la conscience du réel. Cela est une forme de conscience qui est inconsciente de la réalité. La conscience du réel doit couvrir toute la réalité. Tant que celui qui est enfermé dans sa propre bulle de conscience associe ses visions à la réalité il n'a aucune raison valable d'en sortir. Qui serait assez fou pour s'extraire lui-même du réel ? La sphère perceptive ne pourra jamais donner la connaissance pleine et entière de la réalité. Elle ne peut donner à voir que ses propres projections reflétées sur le miroir qui détermine ses limites. Au mieux ses projections peuvent être suffisamment transparente pour s'aligner sur la lumière de la réalité et donc ne pas interférer sur le miroir de ses réflexions. Au pire ses projections vont tenter de briser le miroir réflexif  afin de couper le sujet ensommeillé du réel et protéger son identité factice de la vérité en la rendant responsable de la souffrance, de la peur, de la mort et de l'isolement.

La conscience individuelle est la seule partie de l'esprit qui réfléchit sans reconnaître le phénomène lumineux de la réflexion. Elle seule peut percevoir sans reconnaître le mécanisme de la perception et penser sans admettre le pouvoir subjectif de la pensée.

C'est  la pensée qui conçoit le sujet et non l'inverse. La pensée est libre quand elle s'étend depuis une source et un but reconnus dans le présent. Par contre dès que sa cause est  projetée à partir d'une source passée ou dans un but futur, la pensée est conditionnée et dirigée pour alimenter les fantasmes d'un sujet factice. Si la pensée ne s'étend pas d'une cause présente vers un effet immédiat, elle est orientée vers sa propre limitation que lui se présente à elle sous forme de volontés instinctives ou impulsives.

 

 

Tant que la conscience individuelle est préoccupée par le besoin de donner un sens à l'existence de choses qui n'ont ni cause ni contenu, elle use du temps contre elle-même. Chercher une vérité dans ce qui nie la vérité est un contre sens qui doit induire une impression d'effort et de travail. Une existence qui ressemble à une lutte perpétuelle contre quelque chose d'invisible mais qui semble de plus en plus énorme et nuisible ne peut pas être paisible. Celui qui est accaparé par le coté incompréhensible de l'existence doit croire que la vérité est encore plus impénétrable à sa compréhension. La vie dans de telles conditions ne peut être que déprimante.

L'ignorance est le secret caché et inavoué de la conscience individuelle. Aucun individu ne peut savoir d'où il vient, ce qu'il est et à quoi il sert en vérité. Son ignorance est totale et la maigre explication qu'il arrive à se donner lui-même est un leurre. Même avec toutes les connaissances du monde, il n'aurait aucune réponse signifiante. Le monde habité par la conscience individuelle n'est pas sa cause mais son reflet et son effet. Ce qui est conséquent de l'ignorance ne peut pas démentir sa source et la défaire. Toutes les réponses données par le monde ne peuvent qu'amplifier l'ignorance obscure qui est née de la conscience individuelle.

C'est pourquoi chacun individu croit que cette ignorance doit rester cachée sous la montagne de connaissances objectives produites par son mode de vie pour qu'il ne sombre pas lui-même dans les méandres du néant et de la folie.

Mais le fait de cacher son ignorance forme un vide en soi. Ce n'est pas l'ignorance qui est la source du vide et de l'obscur mais uniquement le fait de la cacher. Le manque impalpable et indéfinissable qui se trouve juste en dessous la conscience de l'individu n'est pas son ignorance mais le déni de celle-ci. Et ce déni est un gouffre noir qui semble l'aspirer vers le néant.

Ce déni est sa culpabilité quand il est caché et refoulé. L'ignorance reconnue n'est jamais coupable. C'est le voile utilisé pour masquer l'ignorance qui forme le vide et la culpabilité cachée de chaque individu. C'est sur ce voile que toutes les significations données par le monde de l'individu sont projetées et semblent exister pour le préserver. C'est ici que le monde trouve son fondement et dresses ses tours d'ivoire et ses échelles de valeur pour lui permettre d'échapper au néant.  Ce voile est le fondement du monde et de l'individu. Il soutient les deux également. A chaque individu correspond un monde qui jaillit du voile de déni et de vide qu'il a jeté sur son ignorance. Si la face intérieure du voile est utilisée pour masquer l'ignorance de l'existence, la face extérieure du vide est la base de la conscience individuelle, du monde et de ses croyances. Aucun individu sain d'esprit ne pourrait croire que toutes ses valeurs ont fleuries sur un énorme mensonge plein de noirceur attisée par la peur de révéler son ignorance au grand jour.


Le voile sur lequel repose les mondes individuels est un drap d'innocence virtuelle qui recouvre un énorme déni. Ce drap doit à tout prix rester la face fleuri vers soi afin que la culpabilité racine qui gronde derrière soit contenue et que l'individu soit protégé de la démence qui doit frapper les yeux de celui qui regarde le néant en face.

Car pour le monde projectif de l'individu, l'ignorance signifie néant et donc désintégration de soi. Il ne voit pas dans la reconnaissance de son ignorance la source qui lui permettrait de trouver enfin une signification à l'existence mais plutôt une force sournoise qui balaierait toutes ses valeurs et significations  individuelles qu'il a élaborées au prix de sa sueur, des ses larmes et de son sang. L'individu est un conquérant du vide. Il construit ses villes et ses concepts sur les champs des batailles qu'il mène contre lui seul.

Le monde ne donne de réponses qu'aux problèmes qu'il génère lui-même. Chaque réponse donnée par le monde est une ligne d'équation supplémentaire qui décrit sa complexité. Ainsi chaque réponse donnée ne fait que complexifier un peu plus la situation en distrayant la réflexion de la source du problème. La solution du problème n'est pas dans le monde mais au-delà du monde. Elle est donnée quand le monde n'est plus là pour interférée avec la perception.  Chercher une aide dans la confusion est épuisant. L'issue, si elle existe, se trouve avant que le monde soit et jaillisse dans la conscience.

Chaque réponse du monde est une nouvelle théorie qui durcit le voile qui sépare de la conscience de son ignorance. Le problème n'est pas l'ignorance mais les différentes couches de croyances que le monde dépose pour séparer la conscience individuelle de ses peurs. Chaque instant contient une nouvelle théorie qui densifie le problème en forçant la conscience à rappeler toutes ses anciennes valeurs passées pour les réajuster et les réévaluer à la lumière de la modernité. Le moderne ne dissipe pas l'ancien mais le stratifie. Il force la conscience à rappeler sa mémoire du passé pour la confronter au futur afin de réinterpréter son présent. Chaque idée nouvelle du monde a pour seul effet de fixer et fossiliser le passé et donc d'alourdir le présent. Les nouveautés mondaines ne libèrent pas de l'ignorance mais la rende encore plus lointaine et inaccessible. Pour échapper à l'engourdissement des temps modernes, la conscience est obligée de se couper littéralement des nouvelles en suspendant son attention. Elle suspend son attention en plongeant dans le quotidien dans la routine. Elle n'a pas d'autres choix de se convaincre qu'elle évolue dans le déjà afin de limiter les rajouts journalier et ainsi de freiner sa stratification. Quand le poids des ans est trop lourd, elle doit abandonner des tranches entières de présent afin que le temps passe plus vite et la rapproche de sa libération ultime qui est sa propre fin. Dans la routine, l'existence de la conscience individuelle est oubliée en même temps qu'elle passe. Le routinier de l'individu s'efface de lui-même pour préserver l'espace personnel qui contient les valeurs particulières des instants passés qui semblent plus signifiants que les autres.  


Plus l'individu pense contenir des idées et des instants signifiants dans sa mémoire, plus il se croit en sécurité et protégé du vide existentiel qui le menace. Plus il donne   de significations à son monde conscient plus il croit avoir réussi à échapper à l'absence totale de signification concernant la cause première de son existence.

Toutes les significations qu'il reconnaît dans son monde sont relatives à lui-même, mais tant qu'il les définit comme absolues il se sentira en sécurité et protégé.

Celui qui remet en doute leur certitude est un fou furieux puisqu'il est aussi celui qui tente de retourner le drap qui couvre les catacombes d'effroi qui protègent le monde.

L'ignorance induit la culpabilité uniquement quand elle est niée. Celui qui avoue son ignorance ne peut pas se sentir coupable. Reconnaître son ignorance est l'opposé de la démence. C'est de prendre une erreur pour la vérité qui est une folie. Celui qui reconnaît qu'il ne sait rien en vérité n'est pas fou mais simplement lucide.

Le déni de l'ignorance est le squelette interne de la conscience individuelle. Il est sa base qui tient le présent de l'individu en otage avec ses significations relatives et factices. Car celui qui reconnaît son ignorance maintenant doit d'abord reconnaître qu'il a menti dans le passé et qu'il s'était trompé en croyant savoir. Avant de lever le voile de l'ignorance, l'individu doit regarder sa culpabilité en face. Le passé est son juge qui l'accuse d'avoir fauté par arrogance. Et c'est cela qui le terrifie. Celui qui accepte de regarder et d'avouer son ignorance affiche aussi sa culpabilité et son erreur au grand jour. Il lui faut un grand courage pour cesser de jouer au jeu des dupes, car en retournant le drap fleuri des innocents ignorants de leur culpabilité il révèle le poteau rose.

Mais existe-t-il une autre manière d'y voir clair ? Est-il possible d'être le seul à connaître la vérité ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Chaque connaissance particulière où connue par un seul de deux qui sont en relation est un mensonge. La vérité se reconnaît uniquement dans l'égalité du partage. Ce qui est connu par un seul n'est pas la vérité mais un apprentissage qui est lié au temps. C'est cet apprentissage qui peut être enseigné mais pas la vérité. La vérité est restaurée quand deux qui se croyaient différents se reconnaissent comme égaux.

Connaître une vérité que l'autre ne connaît pas est le plus grandissime mensonge du monde. Ce mensonge est super protégé parce qu'il est le moteur du monde. Toutes les affaires mondaines tournent autour de ce seul concept. « Je connais quelque chose de vrai que tu connais pas, mais je peux de le vendre en échange d'un service. » La vérité ne vend pas, ne s'échange pas, ne se transmet pas, ne se communique pas, ne donne pas, ne se vole pas, ne se défend pas et ne se prend pas. Elle est et c'est tout.

Tout ce qui peut s'apprendre ou s'acquérir est soi une nouvelle façon pour nier la vérité soit un enseignement pour s'en souvenir. La vérité n'a qu'une seule condition ; qu'on n'utilise pas son nom à des fins personnelles.

Celui qui croit que ce qu'il connaît et qu'un autre ne connaît pas est vrai nie son ignorance ? Il s'illusionne lui-même et enferme tous ceux qui le croient dans la même ignorance. Tout connaissance particulière est la conséquence d'un apprentissage temporel. Aucune de ces connaissances n'est vraies tant qu'elle n'est pas pleinement et entièrement partagée car ce qui est pleinement partagée n'est plus séparé par la forme et l'espace et donc n'est plus un phénomène temporel. Et seul ce qui est intemporel est vrai. Enseigner que le séparé et le différent sont vrais est une tromperie. Apprendre qu'ils sont faux, c'est enseigner que seule l'égalité est sensée et signifiante. Tous les concepts qui peuvent s'apprendre et se désapprendre parce qu'ils ne sont pas vrais. A l'instant où un concept ne peut ni s'apprendre, ni s'oublier, il est vrai. Le temps est la période de l'apprentissage du non vrai. C'est dans le temps que les concepts sont formés, maintenus et défendus jusqu'à ce que l'effort pour les soutenir soit trop épuisant. Si le temps est la période de l'apprentissage du faux, il peut donc être utilisé pour désapprendre le non vrai. Correctement utilisé, le temps peut servir pour s'enseigner à soi-même que toutes les différences perceptibles sont des illusions conséquentes de champs d'interférence entre deux parties qui pensent être séparées par un point de vue dissocié.

Moins il y a de différence perceptible entre les parties plus il leur est facile de communiquer et de se joindre. La vérité ne détruit pas les barrières illusoires dressées par le temps. Elles ne les voient pas et joint naturellement ce qui est vrai à ce qui est vrai. Les barrières différentielles du temps disparaissent quand les interférences cessent. Or, les champs d'interférences ont besoin de la perception d'un espace limité pour se manifester. Sans la perception d'espace limité, les interférences ne peuvent se former et se maintenir. Le temps n'est utile que s'il sert à montrer qu'aucune barrière n'est infranchissable parce qu'elles se franchissent toutes avec la même facilité. Tant que la croyance qu'une différence, qu'un niveau ou qu'un palier est plus difficile à passer qu'une autre, toutes les limites apparaîtront comme réelles et la liberté sera niée. Il n'existe aucune croyance, aucun préjugé, ni aucune préconception de soi qui soit plus difficiles à dissiper qu'une autre.

Le seul moyen pour mettre son ignorance à jour est de reconnaître s'être trompé sur tout. Il est impossible de vérifier le fondement de ce qui a d'abord été décidé comme vrai.

Cette période de  la levée du voile peut certes être pénible puisque l'individu place maintenant sa culpabilité cachée à l'extérieur. La passion qui l'anime ne sera pas vue d'un très bon œil par ceux qui préfèrent garder le voile sur le mensonge et préserver leur monde et leur relative santé mentale. Celui qui décide de lever le voile sur son ignorance doit au préalable accepter de voir la culpabilité dans sa globalité. C'est pourquoi il a besoin d'apprendre par la raison que ce qu'il croyait vrai doit être faux.  Le monde coupable n'a rien de reluisant. La levée du voile d'hypocrisie montre le sordide et l'immonde. Si ces images sont prises pour la réalité, celui qui cherche les conditions de la vérité risque de perdre pied devant l'absurde. Il va se sentir attaquer  partout et par tous et éprouvera le besoin de se défendre de tout, ce qui va contre le but recherché.

En vérité, personne n'est attaqué, c'est l'ignorance coupable qui se défend en s'attaquant elle-même. La guerre psychologique n'est pas déclenchée par ou contre autrui mais uniquement par et contre soi-même. Ce n'est que la culpabilité d'être ignorant qui se défend en affirmant qu'elle connaît quelque chose de signifiant et en frappant de preuves concrètes les yeux et les épaules du renonçant. L'ignorance coupable est dissipée quand ces attaques sont reconnues comme inoffensives et impuissantes. Alors il ne reste plus que l'ignorance innocente. L'ignorance coupable comme l'ignorance innocente ne sont que des perceptions illusoires de schémas d'interférences. L'une et l'autre sont des vibrations qui se déplacent entre deux sources qui semblent séparées. Aucune des deux n'est vraie. La seule différence entre les deux est que l'ignorance reconnue est une vibration résonnante et partagée par consciemment alors que l'ignorance cachée est une vibration dissonante qui provoque des interférences inconscientes. Ce sont ces jeux d'interférences qui cherchent à s'exprimer et à être entendues par la partie qui se croit consciente. Quand les interférences sont entendues et reconnues consciemment elles cessent de se produire puisque la séparation entre les sources disparaît. Le petit fossé qui sépare deux sources est vide en réalité. Il n'y a pas d'espace dans le réel. L'espace est la manifestation d'une interférence imaginaire.

Seule la reconnaissance de l'ignorance peut être transcender en connaissance de la vérité. L'ignorance est le fondement du monde. Elle est la face cachée et obscure de la conscience individuelle. L'ignorance niée devient culpabilité refoulée et mensonge qui cherchent le moyen qui les rendra plus vrais que nature.


Elle devient la source qui ne cherche pas la vérité parce qu'elle à faire de sa croyance individuelle et relative une réalité. Dans cette perception particulière, la vérité qui se trouve sous le voile est donc l'ennemie du monde qui s'appuie sur la croyance. Du point de vue de l'individu qui s'accroche à ses croyances, la vérité est un monstre dont la gueule est noircie de néant et de haine de soi.

Le besoin de vérité est vu comme un ver qui le ronge de l'intérieur en minant les fondations de son monde pour l'effondrer et dévorer tous ses occupants.


Quand ce processus est pleinement compris l'individu cesse tout simplement de croire qu'en cachant quelque chose il le protègera et se protègera lui-même. Il comprend que sa sécurité réside uniquement dans la nudité de jugement sur soi et sur autrui. C'est l'indésir de porter soi-même une signification sur les formes du monde que leur fondement peut se révéler au grand jour. Sans le désir d'accorder l'absolution à la forme qui s'interpose entre soi et la vérité, le monde qui témoigne des réflexions imaginaires reste opaque et la perception de l'unité qui transcende la séparation ne peut être restaurée dans la conscience des deux.

C'est la reconnaissance de la vérité en autrui qui permet la révélation de soi-même. La vérité se révèle d'elle-même à celui qui la laisse se révéler entièrement chez les autres. C'est bien l'autre et seulement lui qui peut apporter le message d'unité aux deux. Il n'est pas besoin que les autres le veuillent pour que cela soit.

Le martyr ou celui qui affiche ostensiblement sa sainteté au sein d'une monde coupables et d'innocent est le seul et unique menteur. Il cherche à être vu en tant qu'image de l'unité et non à voir l'unité se refléter en tout. La vérité ne se révèle pas en privé et n'est jamais perceptible à un seul. Elle se révèle à l'écoute et au don inconditionnel de l'attention. C'est en donnant pareillement et totalement son attention à tous et à tout que l'individu reconnaît que la vérité est partout et en tous. Ainsi l'univers regarde chacun de la même manière et donc révèle l'insignifiance de tous les points de vue particulier. Voir sans comprendre qu'au-delà de la forme qui est vue se trouve le centre d'attention de l'univers entier n'est pas voir du tout. Tout ce qui est vu et qui semble d'un intérêt relatif n'est pas vrai. La vérité revêt un intérêt total et absolu qui ne faiblit jamais. Tout ce qui est vu et qui semble ternir au fil des perceptions périodiques n'a et ne sera jamais vrai. C'est juste l'attention de l'observateur qui faiblit. Et plus elle faiblit, plus le milieu réflexif est réfractaire à sa source et plus l'image semble brisée et différente que son fondement.

L'opacité de la réflexion est conséquente d'un jugement porté sur la source. Une attention relative projette sa propre ignorance et non la réflexion de la connaissance de fond. Une attention pleine et entière est l'acceptation implicite qu'un point de vue particulier est insignifiant et sans intérêt pour la reconnaissance de la vérité de l'autre.

Reconnaître la vérité de l'autre est le moyen le plus direct pour reconnaître la vérité. La vérité est la reconnaissance de la parfaite innocence qui est en soi. Celui qui donne son attention pareillement à tous ne génère aucune culpabilité cachée ou pas en soi. En donnant son attention, il donne tout ce qu'il a en vérité. Il fait son maximum et est donc exempt de tout reproche. L'attention est présence d'esprit. Les non dits, les petits désirs et les petits secrets sont les variables cachées dans le doute peut librement germer et fermenter dans une conscience verrouillée. L'ouverture d'esprit à la vérité permet d'échapper à l'incertitude et délivre le monde de ses croyances.


L'ouverture est continuelle quand l'attention est constante. C'est la régularité et l'équanimité de l'attention qui permet l'ouverture. Une attention variable et changeante en fonction des situations bloque l'ouverture et enferme l'esprit derrière ses préjugés. L'honnête envers soi est constance pour autrui. L'attention donnée pareillement ne triche pas et ne voit pas des différences qui ne sont pas là et qui justifieraient la rétention de l'attention. L'esprit qui ne cherche pas ce qui n'est pas là, voit implicitement ce qui est réellement là et donc sa perception est claire et juste. Puisque chacun mérite toute son attention, chacun occupe la même place dans sa conscience. Puisque cette place intérieure est entièrement donnée, ouverte et partagée par une même attention unifiée, ceux qui sont dehors et qui semblent différents sont naturellement invités, inclus, unifiés et pacifiés dans une même perception, un même sentiment et un même but.

Ainsi celui qui s'ouvre en donnant également son attention délivre aussi ceux qui semblent dehors à une réalité unifiée et tout aussi ouverte. Ceux qui semblent dehors apparaissent plus clairement et calmement et il est plus facile de les comprendre, de les apprécier et donc de les aimer. Quand ce double intérêt commun est pleinement compris, donner sa pleine attention n'est plus un sacrifice à monnayer mais une joie partagée.

C'est le fait de retenir son attention qui obscurcit le sens des choses qui semblent extérieures et les rend difficiles à comprendre. Et ce qui est incompréhensible ne peut être ni apprécié, ni aimé. Et ce qui n'est pas aimé est craint.

Celui qui retient son attention le fait parce qu'il pense que sa conscience n'est pas infinie et ne peut donc être occupée que par un nombre limité d'images ou de concept. En vérité, il confond l'infini avec le grandiose. L'infini n'est pas de l'ordre du volume ou de l'espace. L'infini est de l'ordre de ce qui est sans limites ou entier.  La conscience parait limitée uniquement parce que l'attention est retenue. Une conscience limitée doit induire la perception de l'espace et du temps. Une conscience infinie est simplement pleinement ouverte. La pleine conscience n'occupe aucune place temporelle ou spatiale et l'infini ne peut pas entrer dans ce qui n'est pas entier. L'infini ne craint pas d'accueillir une infinité de pensées.

Donner pleinement à l'autre son attention bénéficie aux deux. La retenir juste un tout petit peu enlève la conscience de l'entièreté aux deux. Prendre conscience de la plénitude de sa conscience seul est impossible. L'entièreté de la conscience ne peut être révélée qu'à deux qui acceptent de s'ouvrir l'un à l'autre. Il est virtuellement impossible de donner pleinement son attention et que l'autre ne la reçoive pas même s'il ne l'accepte pas. Ce qui est entièrement donné est d'une portée infinie. Quelque soit la force du déni contre ce qui est entièrement donné, ce qui est porté par une force infinie arrivera à destination. Mais uniquement quand cela est pleinement accepté.

Une force infinie n'a pas d'opposée. Elle atteint sa cible quand sa cible l'accepte de plein gré. Mais tant que le bénéficiaire du don ne l'accepte qu'en partie, la force infinie est impuissante et doit attendre avec une infinie patience l'entière acceptation du receveur. Une entière volonté ne connaît pas de limites. Elle n'est recevable que par une entière volonté. Une volonté mitigée et dubitative ne peut pas croire qu'une volonté infinie soit infiniment serviable, gracieuse et douce. Pour une volonté conditionnée, l'autorité d'une force omnipotente doit forcément être terrifiante. Elle pense par erreur, que ce qui ne supporte aucune limite est destructeur et donc elle est terrifiée par l'effet que ferait une entière volonté au sein de son jardin privé. 

Le besoin de limiter son attention est conséquent d'un jugement porté. Nul ne peut limiter son attention à quelque chose qu'il a jugé pleinement. Or nul qui regarde avec toute son attention ne peut juger ce qu'il regarde comme insignifiant sans se juger lui-même comme insignifiant. La pleine attention unifie l'observateur et l'observé dans une même conscience de la réalité. Le jugement porté sur l'un vaut aussi pour l'autre. Pour juger autrui il est donc d'abord nécessaire de ne pas le regarder attentivement et pleinement. Seul un regard partiel appelle le jugement et le jugement appelle en retour le besoin de retenir son attention.

Comment un jugement pourrait être juste si l'attention n'est pas pleine et entière ? Et comment pourrait-on décider de retenir son attention quand cela seul compte pour juger pleinement ? Retenir son attention est toujours associé à un malentendu et une erreur de jugement. Celui qui retient son attention doit croire que donner sa pleine attention à tout est infiniment éprouvant et sacrifiant. En fait, il juge la pleine attention comme il perçoit les effets de l'attention partielle. Donner son attention partiellement est extrêmement éprouvant puisque cela implique la perception de la tromperie, l'interprétation du faux et l'élaboration de défenses appropriées. L'attention partielle laisse à penser que ce qui est donné est donné au mieux pour rien, au pire pour le conflit et la peur. Plus l'attention est retenue, plus donner le peu que l'on a est épuisant et frustrant puisque rien de satisfaisant n'est reçu en échange. Celui qui donne peu ou presque tout ne reçoit rien en vérité et perd tout. Même s'il ne retient qu'un tout petit peu son attention, tout ce qu'il a donné est sacrifié et perdu.

Par contre tout ce qui est pleinement donné est bonifié, conservé et amplifié par celui qui le reçoit. La pleine attention permet de voir sans porter de jugement, sans chercher à interpréter l'impossible et sans chercher une défense appropriée à ce qui semble obscur. C'est ici que se trouve l'énorme confusion de sens entre le don total et le sacrifice total. Donner toute son attention est un don total qui rapporte plus que ce qui est donné. Son rendement est entier. Donner un partie de son attention en espérant se garder ainsi une plage de replis pour soi est un sacrifice total qui épuise celui qui donne. Donner tout ne demande aucun effort parce que rien n'est retenu.  Donner partiellement est éprouvant puisque cela demande de retenir ce qui va naturellement vers soi-même. Ce qui est donné entièrement n'est pas fragmenté dans l'irréalité. Et ce qui est donné partiellement est perdu dans l'imaginaire. La pleine attention se souvient de tout sans effort. L'attention partielle s'efforce de retenir avec une difficulté proportionnelle à ce qui est refusé.


Certes il est difficile de donner sa pleine attention quand des différences sont encore perçues. La pleine attention demande une pleine volonté et ne peut être permanente dans un monde de différence. La puissance qui permet de renforcer la pleine attention ne vient pas d'une volonté divisée mais des instants passés dans une entière attention. S'il y a perception de différences cela signifie simplement que l'attention est retenue et donc ce qui est vu est pardonnable puisque cela n'est pas présent mais différé dans un temps fragmenté.

Les différences sont uniquement perceptibles dans un temps séquentiel. Dans le temps qui passe et s'enchaîne à lui-même la pleine attention est impossible à donner et à recevoir. Ce qui est vu dans cet espace particulier n'est tout simplement pas vu du tout, même si cela semble tout à fait concret et visible.

L'entière attention ne peut se donner que dans un temps entier qui ne peut pas être partitionné en un chapelet d'instants différés et différents. L'entière attention est reçue et donnée dans un temps qui n'a ni commencement, ni fin. Un temps sans commencement et sans fin est un temps sans limites, entier et infini. C'est le temps réel. C'est le présent qui ne contient aucune différence. Il n'y a qu'ici que la pleine attention peut être portée et pleinement justifiée.

Celui qui refuse son attention ne boit pas à l'eau de la réalité. Il ne voit pas ce qui est là maintenant. Il voit une période de temps qui a commencé dans le passé et qui se terminera dans le futur. Il a un œil qui regarde dans la fente d'hier et un autre rivé sur la fente de demain. Ce qu'il voit alors n'est pas la vérité mais un jeu d'interférence entre les images qui sortent des deux failles de sa vision.

Voir dans le temps passé et le temps futur empêche de voir dans le miroir entier et unique du présent. Quand l'attention du regard est divisée pour trouver une relation entre le passé et le futur, ce qui est pris pour le présent est la combinaison interférentielle de l'après et de l'avant. L'interférence entre les perceptions passées et futures vient se substituer au maintenant et c'est cela qui considéré comme étant le présent. Et c'est cela qui est jugé comme si cela était la réalité.

La particularité de l'idiot est de croire ce qu'il voit sans se demander pourquoi et comment il le voit. L'idiot ne veut pas prendre conscience des implications de ce qu'il pense et perçoit parce que sinon il ne serait plus un idiot et donc il pense qu'il disparaîtrait.    

 

Est-ce sensé de penser que la fin du temps doit forcément se situe dans le futur ? Est-ce sain de croire que le commencement du temps se situe dans le passé ?

Le temps se termine là où commence l'intemporel et il commence là où l'intemporel est perdu de vue. La grande illusion du temps est de communiquer la croyance de sa réalité. Le temps et toutes ses histoires commencent quand la vérité est laissée de côté. Où pourrait se terminer le temps sinon avant qu'il ne commence ? Dans le temps, le présent n'est qu'un point qui se dresse contre son autorité. Là où le présent est trouvé le temps est perdu et inversement.

Dans le temps, le présent n'est qu'une pointe sans dimension qui ne sert qu'à s'orienter et donner un  sens au temps. Mais dans le présent lui-même, c'est l'ensemble du temps qui n'est qu'un instant fugace où rien ne se passe en réalité.

La fin du temps se trouve maintenant. C'est exactement là qu'elle est car maintenant est le seul endroit qui contienne la certitude que la vérité n'a jamais été abandonnée à l'oubli, à la mort et au sommeil.   


 

« Venez rassemblez-vous tous braves gens
Wherever you roam    D'où que vous veniez
And admit that the waters    Et admettez que les eaux
Around you have grown    Autour de vous ont monté
And accept it that soon    Et acceptez que bientôt
You'll be drenched to the bone.    Vous serez trempés jusqu'aux os
If your time to you    Si votre temps(1) pour vous
Is worth savin'    Vaut la peine d'être sauvé
Then you better start Swimmin'    Alors vous feriez mieux de vous mettre à nager
Or you'll sink like a stone    Ou vous coulerez comme une pierre
For the times they are a-changin'.    Car les temps sont en train de changer.
 
Come writers and critics    Venez écrivains et critiques
Who prophesize with your pen    Qui prophétisez avec votre stylo
And keep your eyes wide    Et gardez les yeux grands ouverts
The chance won't come again    L'occasion ne se représentera pas
And don't speak too soon    Et ne parlez pas trop tôt
For the wheel's still in spin    Car la roue n'a pas encore fini de tourner
And there's no tellin' who    Et il n'y a aucun moyen de dire qui
That it's namin'.    Elle va nommer.
For the loser now    Car le perdant d'aujourd'hui
Will be later to win    Sera le gagnant de demain
For the times they are a-changin'.    Car les temps sont en train de changer.
 
Come senators, Congressmen    Venez sénateurs, députés
Please heed the call    S'il vous plait prêtez attention à l'appel
Don't stand in the doorway    Ne restez pas debout devant l'entrée
Don't block up the hall    Ne bloquez pas le hall
For he that gets hurt    Car celui qu'on blesse
Will be he who has stalled    Sera celui qu'on retiendra
There's a battle outside    Il y a une bataille dehors
And it is ragin'.    Et elle fait rage
It'Il soon shake your windows    Elle fera bientôt trembler vos fenêtres
And rattle your walls    Et ébranlera vos murs
For the times they are a-changin'.    Car les temps sont en train de changer.
 
Come mothers and fathers    Venez pères et mères
Throughout the land    De tous les coins du pays
And don't criticize    Et arrêtez de critiquer
What you can't understand    Ce que vous êtes incapables de comprendre
Your sons and your daughters    Vos fils et vos filles
Are beyond your command    échappent à votre autorité
Your old road is    Votre vieille route prend
Rapidly agin'.    Rapidement de l'âge
Please get out of the new one    S'il vous plait sortez de la nouvelle
If you can't lend your hand    Si vous êtes incapables de donner un coup de main
For the times they are a-changin'.    Car les temps sont en train de changer.
 
The line it is drawn    Le ligne est tracée
The curse it is cast    Le sort en est jeté
The slow one now    Le lent aujourd'hui
Will later be fast    Sera demain rapide
As the present now    Et le présent d'aujourd'hui
Will later be past    Sera demain le passé
The order is    L'ordre (actuel)
Rapidly fadin'.    Est en train de disparaître rapidement
And the first one now    Et le premier d'aujourd'hui
Will later be last    Sera demain le dernier
For the times they are a-changin'.    Car les temps sont en train de changer. »
The times they are a-changin' - Bob Dylan 


Du point de vue du relatif, le présent est une aiguille minuscule plantée dans la toile du réel qui brode pour écrire ses histoires. Mais du point de vue de l’absolu, le présent est un coin qui vient se dresser entre le passé et le futur pour libérer le monde de ses propres liens.

Utiliser pour relier et tisser une trame entre le passé au futur, l'aiguillon du présent prend l'aspect du changement perpétuel. Il est le temps de la peur et de la trahison car il fait du futur le reflet continu du passé. Dans cette perspective le présent est le temps de la discontinuité qui cherche à se continuer elle-même. C'est le temps de la quête paradoxale où le cherché est le chercheur. L'aiguille qui tisse les tapisseries du temps est le serpent qui se mange lui-même parce qu'il est effrayé par les dissonances de sa propre queue. L'espace du présent coincé entre les deux infinitude du temps n'est pas plus grand que l'ondulation d'un grain de lumière. Coincé entre l'infiniment minuscule et l'infiniment grandiose, l'espace présent laissé libre pour la connaissance de soi-même est insignifiant.

Ici où passé et futur écrasent tout, l'espace se dilate entre la cruauté ridicule de l'infiniment petit et l'immonde arrogance de l'infiniment grand. Coincée entre l'infinitude du temps et de l'espace, la signification de ce qui est vraiment là semble anéantie et perdue à jamais.

Qui veut regarder le présent en tenant compte des choses passées ne voit rien. Qui veut garder le passé avec soi se forclos lui-même du réellement présent. Alourdi par des songes dépassés qui ne menaient nulle part, le poids de la complexité pèse sur s réflexion et il passe sur ce qui est vrai pour aller directement vers un futur qui est à l'image de ce qui est parti. Ainsi il va du complexe à l'encore plus complexe en évitant soigneusement ce qui est simplement donné.

Le passé emporte la présence d'esprit. Son inertie est celle du non vrai et son but est le doute infini. La préoccupation pour trouver une continuité logique entre le passé et le futur accapare toute la réflexion et plus rien n'est laissé pour comprendre, apprécier et aimer le présent. Sans l'amour du vrai, la vérité est niée et ce qui reste est entièrement faux et trompeur. Emportée par l'inertie du complexe, la réflexion ne rencontre pas l'évidente présence qui lui tend les bras mais la même vieille équation périmée qu'elle tente de réactiver encore et encore afin de lui donner enfin une signification. Et chaque tentative pour représenter l'incompréhensible se solde invariablement par l'accroissement de la voie pour une complexité future et le rétrécissement de la voie pour le présent.

Ce qui a été conçu, recherché et désiré ne se réalisera jamais. Cela est sans cause et n'a plus de but sinon déployer un futur sans issue ni solution. Ce qui ne se réalise pas maintenant tentera de se reformuler lui-même demain. Mais pour cela il devra masquer le présent et sa simplicité. Rappeler l'impossible à la place du présent est un effort inutile. L'épreuve de force est complètement insignifiante puisque rien d'irréel ne peut pénétrer le présent. Forcer la vérité est une peine perdue. Or seule la peine peut être perdue sans laisser le désir de la rappeler. Mais tant que ce qui est perdu semble avoir une once de valeur, cela sera rappelé à la réflexion à la place de la vérité. Quand ce qui est perdu est clairement vu comme sans aucune espèce de valeur alors le passé n'est plus recherché et le complexe est laissé de coté de plein gré et sans remord.

Seule la vérité ne peut pas être perdue parce que seule la vérité a de la valeur. La vérité a de la valeur parce qu'elle ne peut pas être cherchée en vain. Qui la cherche ne peut manquer de la trouver. La seule condition pour la chercher est de la trouver certainement et sans peine.


Le passé est le temps des choses et des images qui ne sont plus. C'est le temps perdu qui contient les germes de la mort. Plus le passé semble imposant et puissant plus la mort semble réelle et inévitable. C'est ici que fleurissent la tristesse, les regrets et la rancœur.

Utiliser le présent pour qu'il unifie le passé et le futur, c'est marteler la conscience avec le maillet de la peur. Ce qui se forme alors dans ce qui semble être maintenant portera le masque du deuil et du sacrifice d'un  futur à qui il est demandé l'impossible ; faire renaître le passé.

Quand le présent relie le passé et le futur, l'avenir est à l'image du rance et devient aigre et liquoreux. Il saoule comme du mauvais vin et donne l'envie de vomir une existence à l'haleine lourde et fétide. Pointer le présent pour restaurer et sauver le passé, c'est planter la lame du chagrin dans le cœur et pleurer par avance des ennuis futurs inéluctables. Le présent des problèmes est le temps qui poursuit l'impossible puisqu'il tente de retenir le monde du doute à la place du certain. Et plus le temps passe plus ses bras sont vieux et faibles. 

La seule alternative à cette fuite sans fin est de changer de point de vue sur la fonction du présent. Utiliser le présent comme un coin qui dissocie le passé du futur, libère la perception de tous les chagrins du monde passé et de toutes les fausses joies qui sont parties en fumée. Là, dans cet instant où le futur est détaché du passé, tout est neuf et possible à nouveau. La voie est largement ouverte à l'inspiration et à la créativité et non à la rumination et au faire. Là, les images du passé ne sont plus une ancre pesante qui s'alourdit à chaque instant et qui entraîne le navire avec elle. Là le temps devient un long ruban de soie légère qui ne contient plus qu'un apprentissage compris comme incompréhensible et enfin dépassé.

Quand le présent est un coin qui délivre du temps, l'avenir est attendu et non plus craint parce qu'il est à nouveau  porteur de dons et de promesses nouvelles qui sont plus anciennes que le temps. L'attente du présent futur est douce et l'ivresse ressentie est gaie et joyeuse. L'attente n'est plus fébrile et la perception est attentive et aimante. Elle veut ce qui arrive parce qu'elle ne veut plus voir ce qui n'est pas là et qui a disparu. La conscience qui n'est plus tiraillée par les images passées qu'elle gardait pour cacher le vide qui s'enfuyait devant elle peut enfin se détourner de la peur et regarder vers l'intérieur. Quand elle se détourne du passé et se tourne vers le présent, les images qui viennent sont bien réelles et celui qui les perçoit ne doute pas de son existence. S'il connaît qu'il est, il se connaît lui-même et connaît que le présent seul est son avenir.


L'outil qui peut percevoir et comprendre les images du temps passé ne peut pas comprendre la réalité qui parle pour le présent et qui annonce un avenir complètement neuf. S'il ne peut comprendre le temps réellement présent, il ne peut apprécier ce qu'il offre et donc il ne peut connaître ce qu'il a déjà reçu. S'il ne connaît pas ce qu'il a vraiment, il doit chercher ce qu'il n'a pas et donc il ne trouve rien. Se croyant dans un monde vide de signification, il ne peut l'aimer en réalité et en vérité. S'il ne peut aimer la réalité immanente, il doit croire que celle-ci ne l'aime pas non plus puisqu'elle semble l'éviter. Alors il doit croire qu'il est indigne de la vérité puisque celle-ci se refuse à lui.

Or la vérité est partout et ne laisse de place vide nulle part. Si la vérité n'est pas reconnue alors rien du tout n'est reconnu. Quand la vérité est niée, l'écran qui se dresse devant soi est l'écran du doute et du vide. Cette image noire est terrifiante et doit être cachée afin d'éviter la panique. C'est sur cet écran que l'outil qui peut percevoir le passé comme s'il était réel invente des images et les projette devant lui comme des marionnettes animées. Ce sont ces images qu'il aime parce qu'il pense qu'elles le protègent de l'abîme. Parce qu'il les aime, il tente de les comprendre, afin de les apprécier. Avec le temps qui marque la superposition des images il finit par oublier qu'il est leur propre source et commence à croire que les images de l'écran surgissent de l'abîme qui se trouve derrière. Alors il croit que ses images dont il ne reconnaît plus la paternité proviennent de la vérité de l'abîme. Et il croit qu'elles sont le symbole de la vengeance et du courroux de la vérité qu'il a niée. 

Ces images d'horreurs ne viennent pas de l'abîme et encore moins de la vérité. Ce sont les siennes seules et elles ne sont partagées par personne d'autre que leur faiseur. Non partagées en réalité, elles n'ont ni but, ni sens, ni cause. Elles ne sont pas l'image de la vie mais représente une forme de vie isolée et coupée de la vérité. Elles sont nées de la peur de la vérité et du sentiment d'être rejeté. Elles parlent pour la perte, le sacrifice et la vengeance.


Ces images sont donc toutes de faux témoins qui ne peuvent atteindre leur but et contenter leur faiseur puisqu'elles sont vides. Elles ne le protègeront pas de ce qu'il craint mais feront que sa crainte semble fondée et réelle. Car maintenant qu'il a substitué des images à la réalité, il croira que la réalité est insubstantielle puisqu'elle ne peut plus être touchée, goûtée et expérimentée entièrement. Tout ce qui est fait pour se protéger de la vie ne nuit pas à la vie mais la prive de son contenu conscient. Faites par le doute existentiel pour donner un sens au temps qui semble passé, les formes obscurcissent la conscience de la vérité et privent de la clarté du présent. Forcément décevantes puisqu'elles ne peuvent pas remplir la fonction qui leur fût donnée, elles seront attaquées et détruites, punies d'avoir échouer à restaurer la confiance et la sécurité en soi. Mais qui peut toucher une image ? C'est justement en croyant qu'elles sont causes d'affection que les images semblent tangibles et réelles. C'est en jugeant ce qui est incompréhensible et sans fondement que cela semble source d'effectivité et devient cause de ce qui ne s'est jamais produit en vérité.

La vérité ne peut pas être affectée par quoi que ce soit. Seul celui qui l'a perdue de vue dans le temps peut croire que cela est possible et donc présumer qu'il l'a fait. Seule une idée fausse pourrait être la base d'une croyance aussi délirante que la vérité puisse être amoindrie.

Celui qui a perdu de vue la vérité ne l'a pas affectée mais seulement rejeter parce qu'il pensait l'avoir fait. Et c'est parce qu'il pense l'avoir fait, qu'il est rongé par le remord et pense qu'il est condamné à errer sans fin dans un univers privé de signification absolue.  

D'un faux semblant de vie doit naître un faux sentiment qui est la souffrance. Quand ce faux semblant de sentiment est substitué à la réalité, alors sa cause qui est la peur d'avoir commis l'irréparable est assimilée à la vérité. Et le passé qui porte cette faute devient le temps qu'il faut porter maintenant afin de le réactualiser pour tenter de corriger le crime. Seule la peur est cause de souffrance. Si l'une semble réelle, l'autre paraîtra vraie. Or chacun sait qu'il n'existe qu'une seule vérité et qu'une seule réalité. Si la peur et la souffrance sont vraies, elles sont la seule réalité. Dans cette étrange association, la peur et la souffrance deviennent des idoles qui doivent être adorées puisqu'elles semblent la source de la réalité et donc du pouvoir.

Or qui pourrait se sentir en sécurité avec de tels dieux aveugles et sourds ? Toute la force donnée pour implorer la grâce des idoles de souffrance est retirée à la vérité en soi et c'est ainsi que les images de peur semblent avoir le pouvoir que leur donne leurs fidèles.  Or, aucune idée ne peut quitter sa source. Fatalement, les images faites pour se défendre du vide finissent et par se retourner vers celui qui les a produites par erreur. Or que peuvent-elles incarner sinon la trahison de soi ?



Ce qui peut se réfléchir dans un monde duel ne peut pas comprendre ce que le sans dualité signifie. Ce qui est contraint par une loi asservissante ne peut comprendre ce que la liberté signifie. Ce qui est confronté à une quelconque limite est incapable de comprendre ce que l'infini signifie. Ce qui est capable de blesser ou d'être blessé, de se défendre ou d'attaquer d'une quelconque manière est incapable de connaître ce que signifie la paix.

Les images mesurent leur valeur dans une sphère qui leur est propre. En dehors de cette sphère elles ne valent plus rien et donc ne peuvent plus être désirées et retenues. La sphère qui mesure la valeur des images de souffrance et de peur doit être elle-même une image. Cette image de soi-même qui peut mesurer et réfléchir sur des images de peur ne peut pas être le reflet de la vérité mais de la peur de la vérité.  

Tant que cette image de peur est prise pour soi la réflexion est sens dessus et dessous et tout ce qui est décidé et pensé se retournera contre les intérêts de son faiseur.

Le seul moyen d'échapper à cette entropie cognitive est de ne plus décider seul mais de partager sa pensée une image de soi-même qui n'a pas peur d'apprendre les conditions pour connaître la vérité à son sujet. Cette image de soi qui aime l'apprentissage n'est pas un fidèle qui adore n'importe quel idole qui prétend connaître ce qui est vrai mais un étudiant qui connaît que le seul véritable maître se trouve en soi et nulle part ailleurs. Un véritable étudiant apprend ce qu'il ne connaît pas. Il ne cherche pas à démontrer que ce qu'il connaît est vrai mais plutôt comment se débarrasser de son obstination à croire que ce qu'il connaît est vrai.

L'ignorance n'est dissipée qu'en présence de la connaissance et pour cela elle doit d'abord être reconnue. Un bon enseignant ne se moquera jamais de l'ignorance de son élève puisque son but est de la révéler afin de la dissiper à jamais. Le but du bon enseignant est de tout donner à son élève afin de démonter aux deux que les différences ne sont que due temps et non de la vérité. L'élève apprend du maître en partageant leurs réflexions et non en s'agenouillant devant une figure qui n'accepte aucune remise en question.


Pendant toute la durée d'une réflexion centrée sur un instant passé ou état futur présumé, la connaissance donnée par la continuité du présent est sacrifiée. A sa place surgit l'ignorance qui est un vide de sens. Ce vide représente l'insignifiance d'un étant confus qui existe mais qui semble sans cause et sans relation avec ce qui l'entoure. Cette ignorance est un voile opaque sur lequel la réflexion est désorientée  et donc se met à tisser ne manière insensée.  Les motifs qui surgissent alors à la conscience n'ont aucun sens et sont incompréhensibles en soi. Pour les comprendre ils doivent être projeter dans une autre sphère de conscience afin d'être examiner, mesurer et nommer. Tout concept transposé dans cette sphère imaginaire est entièrement voué à son auto suffisance. En étant projeté, il semble coupé de sa source qui l'a rêvé. Il n'est pas fait dans la transparence mais sur le voile de l'ignorance. Son but n'est pas de dévoiler sa source mais de la cacher afin que son faiseur se sente en sécurité et croit qu'il connaît quelque chose qui a de la valeur. Cette valeur auto définie sert à masquer l'insignifiance de sa source réflexive et ainsi à la protéger du vide qu'elle croit qu'il y a au-delà.

Une fois que le vide de la réflexion est couvert d'idées reçues, ce qui est vrai et qui se trouve au-delà du vide ne peut plus être reconnu. Le vrai n'étant pas reçu, il ne peut pas non plus être donné et reconnu. N'étant pas donné il n'est pas manifesté et l'existence semble insensée et incohérente puisqu'elle conduit à la mort et la perte. Toutes les images qui semblent avoir une cause qui se situe en dehors de soi doivent être projetées dans une sphère qui comprend le temps et l'espace. Ce qui est projeté en dehors de soi doit sembler perdu.

L'identification à cette image de soi qui voyage sans but dans l'espace et le temps induit le sentiment d'être perdu et rejeté en soi. Sauf que personne ne sait vraiment par qui ou par quoi il a été rejeté. Chacun ici éprouve ce sentiment sans en connaître la cause. La seule erreur est de chercher à le justifier. L'erreur consiste à chercher dans le temps des causes qui pourraient expliquer ce sentiment insidieux de perte et de rejet. Personne n'ose croire que ce sentiment est imaginaire parce que sinon il devrait reconnaître qu'il n'est qu'une image. C'est pourquoi chacun est expert pour broder à partir de rien toute sorte d'histoire de trahison et d'injustice qui appelle une juste vengeance. Tout le monde est d'accord pour reconnaître que le sentiment de rejet qu'il éprouve est injustifié mais personne n'est prêt à reconnaître  qu'il l'a inventé. Chacun préfère croire que c'est un autre ou la réalité elle-même qui en est responsable.

Ce qui est projeté est donné mais n'est pas reçu par sa réflexion. N'étant pas reçu en conscience, ce qui est projeté devient incompréhensible. Etant sans signification, cela appelle le besoin de forcer la réflexion à donner un sens à ce qu'elle a rejeté et qu'elle ne voit plus dans sa globalité. Ce qui est projeté parait sans cause. Or comment peut on donner un sens à ce qui n'a pas de cause connue?

Ce sens étant sans fondement connu, il doit donc être arbitraire et variable. Tout ce qui perçu mais qui peut changer à chaque instant n'est pas fiable et doit inspirer un sentiment d'insécurité qui lui-même appelle des moyens de défenses. Ces moyens de défenses sont des piliers et des fondements qui doivent servir à stabiliser ce qui est instable. Ces défenses sont des concepts arbitraires à qui il est donné le  rôle de sembler constant et invariant. Pour être constant et invariant, il est nécessaire qu'ils ne soient jamais remis en cause ou en question sous aucun prétexte. Leur fonction est remplie tant que le doute ne repose pas sur eux. Ces piliers protecteurs de la stabilité de la projection sont les idoles qui servent de bases à toutes les formes de fantasmes et de délires.

Ce qui ne peut être remis en doute fait alors figure de vérité ou de dieu dans l'esprit qui le croit. Toute la stabilité de sa perception et donc de son monde est garantie par la protection des croyances qu'il a élues lui-même au rang de vérité invariante. Quiconque insinue le doute à leur sujet est un ennemi qui doit être combattu avec la plus grande foi. Quiconque les encense et les vénère est un ami qui doit être récompensé pour ses mérites.


La vérité ne peu pas être attaquée ni défendue parce le but de la vérité n'est pas de défendre ou d'attaquer. La vérité ne lutte pas contre le temps parce que la vérité n'est pas affectée par le temps. Si elle n'est pas affectée par le temps, elle est imperceptible dans l'espace du temps. Seuls des aspects lumineux de la vérité peuvent se refléter dans un monde perçu comme filant dans l'espace. Commencer à percevoir ces aspects lumineux, signifie que la réflexion d'accorde plus toute sa foi à la réalité du monde de la peur.

Tant que la volonté impulsive de la perception est une tentative pour changer la direction du présent et donc de la propagation du centre de la réalité, son idéalisation réflexive sera un pic momentané et mouvementé qui semble s'échapper dans un  temps perpendiculaire au présent avant de décroître inexorablement vers une amplitude nulle.  


C'est la variabilité du désir qui fait la perception. Seul un  désir constant et régulier peut restaurer des conditions propices pour une perception proche de la connaissance du réel.  La perception va toujours vers l'extérieur mais le désir peut tout autant se tourner vers l'intérieur que vers l'extérieur. Un désir tourné vers l'extérieur ne pourra jamais être constant parce qu'il suit des buts qui changent en fonction de son approche. Il est impulsif parce que les formes qu'il perçoit changent en fonction de sa trajectoire et de son angle de vue. Le désir qui confond sa perception avec la réalité ne sait pas que ce qu'il cherche est sa propre fin. Chaque fantasme réalisé est une tentative rendre vrai des illusions et porter un coup fatal à la vérité.

Des buts variables produisent une perception changeante qui voit des niveaux et des différences partout. Un désir constant et régulier est un désir tourné vers l'intérieur parce qu'il n'y a qu'ici que le but est invariant. En retournant la réflexion vers l'intérieur, le but du désir est entièrement unifié. Rien ne peut l'empêcher d'atteindre sa cible et de changer de cap. Quand le but est unique et incontournable, la persévérance est facile.

Or, l'intérieur ne s'atteint ni hier, ni demain et ne dépend ni du lieu ni de la forme. L'intérieur s'atteint lui-même parce qu'il se trouve uniquement dans l'ici et maintenant.

Regarder l'intérieur, c'est regarder chaque chose, chaque idée, chaque lieu, chaque forme, chaque époque et chaque être avec le même désir constant et égal. Regarder l'intérieur ne signifie pas regarder au-dedans d'un volume ou d'un matériaux mais tout regarder d'une même intention et dans le même but afin de ne plus voir de limites nulle part. Celui qui regarde au-dedans ne cherche pas à savoir s'il doit prendre ou rejeter mais seulement inclure. Une perception tourner vers le présent inclut tout sans discriminer, ni distinguer. Regarder au-dedans c'est voir la même signification en tout et en chacun et donc cesser de croire qu'il existe des particularités plus faciles ou agréables à posséder ou à vaincre. Quand le désir se tourne vers l'intérieur toutes choses revêtent le même intérêt car la perception s'unifie d'elle-même autour de l'observateur et de l'observé.

La conscience intérieure ne joue pas à se construire des frontières pour protéger des valeurs individuelles fictives. L'attention et l'humeur intérieures ne passent pas par des hauts et des bas qui s'ajustent aux interprétations présumés de situations passées qui semblent jaillir des antres du souvenir pour hanter le présent extérieur. L'attention et l'humeur étant constantes, la perception extérieure s'apaise, les tensions passées se dissipent, la signification du dedans et du  dehors s'égalise dans un même présent et la notion de limites devient de plus en plus inadéquate et obsolète. Sans les limites imposées par le désir de la conscience individuelle de voir au dehors afin de posséder ce qui semble bien et d'exclure du dedans ce qui ne correspond pas à ses besoins, le concept de soi se stabilise. Un concept de soi constant et indépendant des contingences passagères n'est plus tenaillé par la peur de disparaître et l'arrivée certaine d'une prochaine crise existentielle. Il n'a plus besoin d'ériger ses litanies pour défendre des valeurs coupables devant le grand juge des accusations et des remises en question que le monde lui tend à chaque instant.    

La stabilisation du désir conduit la perception où elle peut se fondre dans une période et une amplitude calme et régulière qui permet la reconnaissance des réflexions du réel. Une telle perception n'est pas un bruit impulsif mais une vague d'harmonie qui ne s'atténue jamais. Elle n'est pas produite par un évènement, un lieu ou un individu particulier mais par une attention et une écoute égales et constantes à la présence continue qui accompagne chaque instant de l'existence et qui est donnée uniquement dans l'ici et maintenant. Elle ne se dissipe pas dans le temps mais s'enroule et s'étend littéralement autour et dans le présent de la perception individuelle en l'invitant à se détendre encore et toujours. La paix appelle la paix comme la guerre appelle la guerre. Toute chose s'appelle elle-même. La sincérité appelle la sincérité comme la tromperie appelle la tromperie.

Le désir constant qui est à la source d'une attention constante n'a pas pour fonction de particulariser ou de singulariser la réalité dans une forme circonscrite dans l'espace et le temps mais de la laisser libre d'épouser sa vérité.    

Quand la volonté qui sous-tend la perception n'est plus impulsée par le besoin de posséder un « plus que tout », la peur de manquer d'un « moins que tout », d'être rejeté partout ou par tous, d'étouffer ou d'être asservi par un pouvoir qui est partout et en tous, la conscience accompagne et répond avec constance à la volonté qui l'appelle depuis sa source réelle. Dans la constante le masque de la peur n'est plus compris comme un reflet du réel mais comme un appel à l'aide induit par une confusion d'identité en soi. Alors la peur n'est plus adorée, crainte ou attaquée, jugée et condamnée mais simplement pardonnée parce que sans effet sur la réalité en soi. Quand l'émotion qui fonde la perception du monde n'est plus la peur, rien dans le monde n'est considéré comme bon ou mauvais. L'ancien monde des divinités jusque là intouchables tombe de lui-même, sans effort et sans heurts. Dès que le voile de la peur est levé sans crainte, le monde peut être regardé en face et  se révéler dans toute sa nouveauté. Sans la peur comme base impulsive des désirs et des pulsions inconscientes, l'amplitude du signal périodique insufflé dans la perception consciente est régulier et l'attention donnée est constante, douce et profonde. La courbe du désir n'est pas un besoin impulsif qui doit être urgemment assouvi avant de s'amortir dans le néant et l'oubli mais une douce ondulation qui s'accompagne d'harmonie et qui se nourrit de la force d'une réalité constante et invariante.

Tout effet découle d’une cause. Aucun effet ne peut être cause de sa cause et aucune cause ne peut être cause sans effet. Tous les effets qui sont conséquents d’une cause ne peuvent causer la destruction de cette cause à moins que cette cause n’ait fait cet effet dans ce but. Un effet sans cause est une impossibilité. Si un effet sans cause n’est rien, une cause sans effet n’est qu’un potentiel. Aucune cause ne peut causer un effet qui l’empêcherait de le causer. Un effet réel ne peut nier la réalité sa propre cause n’existe pas parce qu’un effet sans cause est sans effet. Seule l’image d’un effet peut perdre de vue la réalité de sa cause en croyant que la réflexion est sa cause.

Une cause est rendue cause par son effet et l’effet est effectué par sa cause. L’une ne peut exister sans l’autre. La seule différence entre les deux ne peut être qu’une question d’antériorité et d’autorité. L’autorité naturelle va de la cause vers l’effet et non l’inverse. Un effet qui croit le contraire n’a pas de cause. Etant sans cause il est imaginé. Aucun élément étranger ne peut séparer, s’immiscer ou inverser la loi de cause à l’effet. Si c’était le cas, ni l’un ni l’autre se seraient se qu’ils sont. Seule une image peut être coupée, déformée ou se prendre pour le sujet original. Tout dépend de la qualité du système de réflexion et de la luminosité ambiante.

Une cause ne peut se produire sans effet. L’effet est l’extension et la manifestation de la cause. Il est le but et le moyen par lequel la cause s’effectue. Tous les effets d’une même cause sont reliés par leur cause commune. Ils ont donc le même but.

Une cause peut causer une multitude d’effets mais un effet ne peut avoir qu’une seule et unique cause.

Une cause est une cause uniquement si rien n’est cause d’elle-même. Une cause est cause parce qu’elle est primordiale à toute la réalité de ses effets. La cause est première et tous les effets sont seconds mais ensemble ils ne sont qu’une seule relation de cause à effet. La cause est le pouvoir et les effets sont le vouloir. Toute volonté manifeste est conséquente d’un pouvoir causal. Tout effet est la manifestation directe d’une seule cause primordiale. Dans ces conditions tous les effets conséquents d’un même pouvoir causal sont exactement au même niveau de rang dans la relation de causalité.

Une relation de causalité naturelle n’induit aucune différence de niveau d’effectivité ou de causalité. Toute cause se situe à un niveau primordial et tous les effets se situent au même niveau manifeste. La notion d’effet plus désiré qu’un autre est inepte au même titre que le concept de cause impuissante devant la volonté de ses effets.  

Tout effet tire sa propre puissance du pouvoir de sa cause. Tout ce qui est cause de force se situe à sur un « axe » central et commun à l’ensemble de tous ses effets. Aucun effet ne peut se trouver plus loin ou plus près de la source de pouvoir. Tous les effets sont soumis à la même influence causale.

La relation qui unit cause et effet fait que les dimensions causales et effectives ne font qu’un sauf que l’une est juste antérieur à l’autre. Cette antériorité n’est pas une question de chronologie mais d’élan ou de vecteur. Si la cause détermine le but et la direction, elle ne peut les connaître qu’en reconnaissant son effet.

L’idée de graduation dans les effets d’une cause est insignifiante et sans cohérence. Une cause n’est cause uniquement quand son effet se manifeste. Entre-temps, elle est inconnue et inopérante. La relativité entre deux effets ne peut être qu’une appréciation arbitraire et non fondée sur une cause réelle.

Une cause qui n’est pas cause de tous ses effets n’est cause de rien. Une cause ne peut pas sélectionner ses effets. Un seul effet non reconnu rend la cause incohérente et insignifiante à l’ensemble de ses effets. Un seul effet qui cherche à se différencier des autres effets d’une même cause se prive lui-même de toute forme de pouvoir. Il devient ineffectif et sans volonté causale. Un effet qui ne reconnaît pas que sa cause est aussi cause de tout ce qui est manifeste pour lui n’a aucun fondement et doit être considéré comme une image projetée.      

Un effet ne tient pas son pouvoir de lui-même mais de sa cause. Sans la reconnaissance que sa volonté est l’extension de celle de sa cause, il est impuissant.

 

NGC 6240: Merging Galaxies
Credit:
NASA / JPL-Caltech / STScI-ESA / S. Bush, et al. (Harvard-Smithsonian CfA)

 

La volonté de changer le présent doit prendre sa source dans le présent pour être cohérente. Elle doit regarder le présent en face et non de biais, au travers du passé ou d'un futur imaginé, Chercher à changer le présent parce qu'il ne satisfait plus au passé ou à un futur escompté est une forme de mépris et de trahison de soi-même. Pour désirer changer un état il est absolument nécessaire d'en reconnaître la cause.  Or la cause du présent ne peut se trouver que dans le présent lui-même et non dans le passé ou le futur. Qui peut percevoir réellement le présent et décider de le changer sinon un étranger à lui-même qui ne connaît rien de ce qu’est la réalité ?

Regarder le présent à partir d’une référence passée ou future n’est pas voir mais imaginer. Le présent est cause de ce qui est réellement connaissable maintenant et la cause du présent est en toute chose qui occupe ce même présent. Qui serait assez fou pour changer ce qui permet de connaître le sens de son existence sinon celui qui pense que sa réalité est en opposition avec lui-même.

Désirer changer de présent équivaut à fermer la seule et unique porte d’accès à ce qui a une cause réellement vérifiable. Tout le reste n’est que spéculation. Cherche la cause de ce qui se passe maintenant dans le passé ou le futur est une perte de sens. Qui peut garantir avec certitude que ce qui arrive maintenant est ainsi parce qu’il s’est passé ceci hier ou parce qu’il doit se passer cela demain ? N’est-ce pas de la spéculation ? Comment présumer que tout ce qui a pu arriver entre la cause passée et maintenant ou entre maintenant et la cause futur est sans effet ?

La cause du présent est en lui-même. Sa cause ne se trouve pas à l’extérieur de ce qu’il est. Un présent causé par un évènement passé ou attaché à un évènement futur est vide. C’est un présent sans cause réelle dont la signification est instable puisqu’elle dépend d’un évènement invérifiable maintenant.

Pour être certain, il est nécessaire de connaître la totalité du chemin qui conduit de la cause à l’effet. Un chemin qui va de points en points est une voie tissée de spéculations et de conditionnalités. Il est impossible de le vérifier absolument.

Ce qui est réellement vérifiable ne peut venir que du maintenant et d‘ici même. Interférer avec cette loi est un suicide mental qui ouvre en grand la porte à la relativité, à l’indéterminé, aux variables cachées et donc à une perception et une compréhension chaotique des choses et de soi-même.

Si explication il doit exister, elle doit être accessible maintenant. Et si compréhension il y a, elle doit être donnée dans l’instant ou jamais.  

Ce qui est réel est toujours vérifiable partout ou pas du tout. Ce qui est réel ne peut pas être plus accessible hier, demain ou là bas. La cause de la réalité doit être présentée partout de la même manière et seule son expérience est digne de foi. La conscience du réel ne peut pas être conditionnée ou cachée par une forme qui se dissipe dans le temps mais uniquement par la volonté de la regarder en face ou de l’éviter. Rien de réel ne peut s’interposer entre la réalité et celui qui veut la voir réellement. Il est inutile d’escalader des montagnes pour s’atteindre soi-même. La montagne n’existe que pour retarder la prise de conscience de sa réalité présente. Les courageux qui tentent la face dure, froide et escarpée en pensant qu’ils arriveront plus tôt et auront plus de mérite sont aussi retardés que ceux qui prennent le long et laborieux chemin qui serpente sur les pentes douces.

Le seul chemin qui permet de passer la montagne qui s’interpose entre soi et sa réalité est de cesser de l’attaquer.   

Si la réalité se tenait derrière des pics enneigés, des falaises abruptes ou des volcans grondants, la réalité serait cruelle parce que sélective et donc elle ne mérite pas qu’on s’y intéresse.

Des deux volontés de regarder la réalité en face ou de l’éviter, une seule peut se réaliser. Celui qui cherche une cause présente dans le temps tente d’éviter la réalité. Il voit des montagnes qui lui donnent des raisons pour se préoccuper et s’inquiéter de son sort. Il relativise l’absolu dans le but de trouver une histoire qui puisse expliquer que ce qu’il perçoit est bien réel. Sans en avoir pleinement conscience, il cherche à rendre sa perception de monts et de vallées réelle et donc d’imposer son point de vue à la place du vide qui le sépare de la vérité.

Quoi d’autre que du vide pourrait séparer le présent de sa cause présente ? 

La volonté de trouver des causes à ce qui est perçu à l’intérieur du long serpent du temps est une tentative d’usurpation d’autorité. Cela revient à décider soi-même ce qui est réel et ce qui est vrai. Celui qui affirme ; « Ceci est ainsi parce qu’il s’est passé cela ou parce qu’il doit arriver ceci », décide de lui-même ce qui est vrai et ce qui ne l’est. Sans s’en rendre compte il dicte à la réalité ce qu’elle doit être pour convenir à la manière dont il se perçoit lui-même. Il raconte des histoires pour que la sienne tienne la route.

Chercher une cause au réel dans un temps différé, c’est mettre en doute l’idée que la réalité est vérifiable, égale, pleine et entière partout. C’est croire que la vérité est régie par des théories relatives qui dépendent du référentiel de l’observateur. Si cela était vrai alors le chaos serait réel et la tromperie serait la plus salutaire des vertus.

La réalité ne peut pas vouloir s’amoindrir elle-même. La volonté qui prétend que la réalité n’est pas un champ de présence parfaitement unifié ne peut pas être issue du réel et ne peut pas se réaliser. La volonté de changer de présent, de face du réel, de soi ou de vérité doit être l’expression d’une forme distordue de la réalité qui s’oppose à elle-même croyant qu’elle est réelle. C’est l’expression d’un rêve qui s’efforce de se protéger d’un autre rêve qui rêve qu’il est possible de changer de réalité. Et tous ces rêves ont un même rêve commun, celui de la peur d’une réalité immanente qui serait omnipotente et cruelle envers ses propres créations.

Quel peut-être le plus terrible des cauchemars sinon d’être poursuivi par un « ennemi » dont la cruauté n’est égale qu’à sa puissance et à son omniprésence ?

Chaque rêve est l’expression d’une volonté de changer la face du monde ou la face de celui qui regarde le monde parce que le face à face fait peur. Il pense que le face à face signifie confrontation et opposition frontale. Il ne croit pas qu’un véritable face à face signifie partage d’une même idée.

Un rêve est une rêve et donc il sait qu’il ne durera pas toujours. Pour un rêve, se confronter au réel signifie finir et se dissiper Dans le monde rêvé, l’émotion qui sous-tend la réalité est la peur. Pour celui qui rêve, regarder la réalité en face fait peur et c’est ce qu’il éprouve quand il le fait. Aussi préfère-t-il rêver d’un monde meilleur et imaginaire dans lequel il est fort et puissant et peut vaincre les ennemis de son rêve avec hardiesse. Sauf que chacun fait le même rêve. Chaque héros du rêve vient pour prendre la place un autre et sait qu’un autre héros rêvé viendra pour le remplacer à son tour. Celui qui rêve qu’il est un héros vit dans la peur de devoir se réaliser. Et quand son rêve semble trouver son expression il vit dans la peur de disparaître. Et dans sa confusion il croit que la réalité est l’ennemi de ses rêves qui l’empêche de se réaliser. La réalité ne voit pas les rêves sinon ils seraient réels et ne seraient plus des rêves. Le seul ennemi du rêve est le rêveur qui décide de faire un autre rêve plutôt que de s’éveiller. C’est la volonté du rêveur qui est crainte et considérée comme cruelle par les héros des rêves. La volonté du réel est totalement inconnue à ceux qui rêvent ou sont rêvés.

Dans le rêve, le présent, qui est le temps de l’accomplissement de la volonté est  imperceptible et fugace. A peine le rêve semble-t-il se passer et que la peur qu’il se réalise s’estompe que surgit la peur de la réalité et qu’il commence à s’estomper dans les brumes de l’oubli. Dans le monde des rêves, le rêveur et le rêvé vivent dans la peur que l’un trahisse l’autre. Aucun des deux ne peut rencontrer l’autre dans le même présent sans dévoiler leur irréalité. C’est pourquoi cause et effet de ce qui est perçu sont décalés par l’artifice du temps afin de garder le mystère sur ce qui arrive dans le présent. Dans le rêve, regarder « sa réalité » en face est un instant redouté puisqu’il signifie la prise de conscience d’une crise existentielle. C’est pourquoi ceux qui rêvent préfèrent remettre en question la réalité de leur présent plutôt que celles de leur passé et leur futur. En procédant de la sorte, ils choisissent la vérité de leur rêve plutôt que celle du réel. Et donc ce n’est pas de leur faute si les choses vont mal dans leur monde. En reportant la responsabilité du malheur à la cruauté de la réalité et non sur le conditionnement de leur conscience, ils repoussent l’instant fatidique où le rêve doit prendre fin.

Il est impossible de préférer les rêves et d’être sans peur et sans reproches. Celui qui préfère les rêves au réel lutte pour une bataille perdue d’avance. Il vit dans la peur et le reproche de ne jamais apparaître vraiment avant de disparaître pour toujours. Il lui faut désigner le coupable qui trouble la paix de ses rêves et menace de les dissiper.  Dans le rêve l’émotion qui décide de toutes les décisions est la peur et son expression est la rancœur ou le reproche. La peur est le dieu de tous les rêves qui prétendent que la réalité est cruelle et que la vie est dure. C’est leur reproche envers la vie qui fait se dresser les montagnes et qui leur permet d’éviter le face à face avec le réel. C’est leur rancœur envers la réalité qui comble le vide qui les sépare de la vérité et protège la forme de réalité de leur rêve. La peur les protége contre cet ennemi omnipotent qu’est la vérité crue du réel.

Quand la vérité semble cause de peur et que la peur semble causer des problèmes réels alors cause et effet sont complètement renversés et le rêveur est prisonnier de son propre labyrinthe. Il n’y a pas de relation qui lie la vérité à la peur et aux problèmes. La conscience du vrai ne peut pas être cause d peurs ou de problèmes bien au contraire. Si voir la vérité en face signifie être effrayé et se charger de problèmes concrets et réels alors l’existence est sans issue.

La peur ne peut pas être cause de problèmes réels parce qu’elle est sans cause véritable. Aucune vérité digne de ce nom ne doit conduire à la peur. Ce qui semble cause de problème est justement le déni de la vérité. Celui qui nie ce qui est vrai ne peut comprendre ce qui est et donc se trouve face à un problème qu’il ne peut résoudre vraiment. De fait il a peur. Mais au lieu d’associer sa peur au déni de la vérité, il nie son déni et le reproche à la vérité elle-même.

Quand la réalité semble cause de problèmes, apprendre des techniques de fuite et d’attaque du réel doit être justifiées. La légitime défense contre la cruauté du monde et des autres devient le meilleur des boucliers pour contrer la bêtise du réel. Sauf que pour que la cruauté soit perçue, elle doit être d’abord conçue et imaginée par le rêveur. La réalité ne peut pas être bête ou incohérente. Ce qui est perçu comme incohérent et stupide n’est pas né de la vérité mais du déni de la vérité. Il est nécessaire que celui qui perçoive ne regarde pas la vérité pour voir l’incohérent et l’insignifiant dans sa réalité. Il doit faire erreur et confondre sa perception pour le réel s’il tient à ce que sa réalité paraisse paradoxale et ambiguë.

La cruauté perçue contre soi ne peut pas avoir sa source au dehors. Elle doit mûrir sur la fermentation d’un lit de rancœur refoulée avant de se projeter de manière sournoise et cachée vers la cible extérieure la plus proche afin de se retourner vers son propre géniteur pour le dévorer telle une furie affamée de sens et de reconnaissance paternelle ou causale. C’est parce qu’à l’extérieur elle est sans cause que la peur s’en prend toujours à la conscience qui la couve en son sein et la met au monde dans la noirceur de ses nuits.  Ce sont des cauchemars inavoués qui  forcent à s’armer d’une épée magique afin de lutter pour la survie de ses mêmes rêves contre une réalité qui semble malfamée.

Percevoir une cause de peur dans la réalité n’a pas de sens. La cause de la peur ne peut venir que d’une forme imaginée qui interfère avec la réalité. C’est de croire que ces interférences sont le reflet de la réalité et non de la forme imaginaire qui fait peur. Ce qui est perçu fait quand cela est insignifiant et semble être réel. Quand ce qui pris pour la réalité est insignifiant et apeurant alors le rêve devient sécurisant et réconfortant. Or c’est la forme que prend le rêve qui s’interpose entre soi et la réalité. Quand ce qui est la cause de la peur est pris pour la source du réconfort, vivre est un non sens et exister une folie. Trouver un moyen de mourir doit donc être recherché et désiré par-dessus tout puisque mourir est le seul moyen pour cesser de souffrir. Et pour mourir il est nécessaire de se couper de la vie.

Alors l’insignifiance d’un monde de morts devient le moyen  de défense contre la vérité qui se trouve au-delà mais qui ne peut passer au travers de formes cadavériques qui dansent un moment sous la lune.

Un rêve de mort ne peut jamais prendre sa source dans la vie. Seul un rêve de réalité peut se réaliser et seul un rêve de vie peut prendre vie.

 

Toutes les techniques pour légitimer les rêves ne font que fabriquer les affronts qui vont les justifier. Ces cruels affronts ne sont pas l’œuvre de la réalité présente mais du fait que le rêve n’est qu’un rêve.

Justifier la réalité d’un rêve  est peine perdue. Cela ne peut induire qu’un sentiment de souffrance, d’inutilité, de perte et d’insuffisance. C’est une tentative pour modifier un présent qui n’est même pas reconnu. Du présent non reconnu doit surgir un temps qui semble s’étaler lui-même selon une chaîne de causalité discontinue et linéaire. Une telle chaîne de cause à effet ne peut relier l’absolu ni circonscrire l’éternité. Elle doit donc produire une perception insatisfaisante. Tenter d’enchaîner l’infini est une attaque directe contre la santé d’esprit. Elle ne peut être qu’inepte et désespérée et doit inspirer un profond dégoût de soi. Quand ce qui est attaqué est l’incontournable, la peur semble justifiée car les chances de  réussite sont absolument nulles. Aucune montagne ne pourra combler le vide infini conséquent du manque de conscience de la réalité.

Quand la légitime défense est clairement perçue comme la cause même de la peur, l’attaque n’a plus de fondement et l’imaginaire n’est plus poursuivi pour être adoré ou dénigré. Alors la peur n’a plus de raison d’être puisque le danger n’existe pas en vérité et n’existera jamais dans la conscience présente.

Aucune impulsion ne peut quitter ou s’échapper de sa source, que celle-ci soit fondée sur la réalité ou sur l’imaginaire et le rêve. Ce qui est réel emplit tout, et ce qui ne l’est pas ne contient rien. L’opposé de la réalité n’est pas une anti-réalité capable de la détruire mais une forme imaginaire qui se dresse à la place de la réalité. Cette forme étant un déni du réel, elle doit semble contenir ce que la réalité ne contiendra jamais. Seule une forme de réalité peut sembler apparaître et disparaître et seule une forme de réalité peut sembler pouvoir s’opposer à une autre afin de se détruire entre elles. Une anti-réalité n’a pas le pouvoir d’affecter la réalité. Elle peut juste prendre l’apparence de la réalité puis s’affecter elle-même par un jeu de d‘oppositions forcées et ainsi se donner l’illusion qu’elle a effectivement détruit une partie de la réalité.

Si la réalité est ce qu’elle est, elle est invariable et ne peut changer d’un iota. Toute forme de réalité doit donc être à jamais impermanente et soumise à un perpétuel changement d’aspect et d’apparence.

Pour ce qui est vraiment réel et invariant, le présent est le seul temps qui soit connaissable. Le présent est éternel et englobe tout. Pour une forme de réalité le présent est le seul temps qui n’est pas reconnaissable. Le présent est un temps si court qu’il n’est même pas perceptible et qu’il ne contient rien. Toute forme de réalité ne peut exister que dans un temps passé ou futur mais jamais dans un présent reconnu comme tel. C’est pourquoi dans la forme ce qui est perçu n’est pas vraiment là.

Le présent est soit éternel, soit inexistant. Il ne peut pas recouvrir une période délimitée et mesurable dans lequel se trouvent des formes. Le temps qui permet d’accueillir des formes de vie est un temps passé ou à venir mais non présent. Le temps présent ne peut contenir que ce qui est sans forme et vraiment réel.

C’est pourquoi tout ce qui est cause de changement réel et durable doit se trouver dans le présent pour être effectif. Il est impossible de changer le temps en changeant son passé. Les temps changent dans la reconnaissance d’une cause présente et non passée. Ce sont les formes qui changent dans le temps pas le contenu de la réalité. L’univers réel doit toujours avoir le même continu informel. Celui qui veut réaliser et changer sa perception de soi doit donc le faire dans le présent. C’est ici et seulement ici que la vérité trouve un moyen d’expression. Le présent est l’accueil et le don, le but et le moyen, la cause et l’effet.

La vérité n’a aucun pouvoir dans un présent est insaisissable et passant. Elle n’a pas le pouvoir de changer des formes déterminées dans un passé dépassé. Elle ne peut pas non plus changer l’existence d’une forme qui court après un temps fuyant. Pour que la vérité puisse agir il est nécessaire de lui donner un endroit stable où elle peut se refléter. Cet endroit est une attention présente qui ne tient pas compte de connaissances acquises dans le temps. C’est une conscience qui vient faire l’expérience du présent sans être armée d’un savoir gagné dans le passé ou promis dans le futur.

Sans cette place nette offerte à la vérité le présent est inexistant et la volonté de changer réellement est comme un voyageur en gare qui voit passer des trains qui ne s’arrêtent jamais. Il attend son moment pour monter dans le wagon de sa vie mais ce moment ne vient jamais. Sa conscience se remplit de connaissances particulières glanées au fil du temps. Quand il les découvre, ces connaissances brillent un moment comme si elles étaient vraies puis se ternissent avec le temps et deviennent des boulets qu’il faut défendre contre les affres du même temps. Plus la conscience est lourde de croyances ternies par la ans, plus le futur semble noir et porteur d’un terrible malheur qui s’appelle fin du monde. Dans le temps le futur est toujours une image noircie du passé puisque le présent n’est jamais rempli de vérité.  

Quand le présent est éternel, la volonté de changer devient volonté de créer. Le but  conscient n’est plus de changer le présent mais de l’étendre toujours et toujours plus clairement. Le voyageur ne regarde plus passer des trains de vie en espérant recevoir un peu de vérité personnelle. Il n’est plus attiré par les voyages imaginaires pour des lieux qui sont nulle part en des temps qui n’arriveront jamais. Le futur n’est plus un temps distant mais la continuité d’un présent qui n’a jamais eu de passé parce qu’il ne passera jamais.

 

La forme ne peut pas représenter la vérité. Au mieux elle peut la laisser transparaître en devenant elle-même transparente. Tant que la forme est opaque parce qu’elle  est perçue comme étant réelle, elle est une idole montagneuse qui se dresse entre soi et le sens de soi. C’est en fixant cette forme sans ciller et baisser les yeux devant la peur  qu’elle inspire que la vue peut la traverser. Mais dès que la forme est attaquée, adorée, critiquée ou recherchée, la forme redevient une idole immense et insatiable qui semble toujours manquer de tout. C’est en pardonnant une forme qui n’a pas de réalité que l’idole devient une simple icône qui brille un moment à la grâce de la lueur qu’elle ne cache plus avant de laisser sa place. 

 

Le fait que le présent soit nul ou infini ne dépend pas d’un choix de réalité mais de perception. Le présent est ce qu’il est en vérité et le fait de le vouloir autre ne le changera pas. Seule sa perception pourra en être changée. Tenter de changer de présent, d’identité ou de réalité est un forme de non sens. Mais changer de système de pensée, de volonté, de conscience ou d’esprit a du sens.

Vouloir ce que l’on n’a pas ne peut pas apporter de satisfaction présente, pas plus que voir ce qui n’est pas là ou penser à ce qui n’existe pas. La seule volonté qui peut donner un contentement immédiat est de vouloir ce que l’on a réellement maintenant. Mais pour cela, il est nécessaire d’apprendre à voir ce qui est réellement là. Et pour voir ce qui est réellement là, il est nécessaire de penser réellement à ce qui est réel. Et ce qui est réel est ce qui n’a pas d’opposés et qui ne s’oppose à rien.

Ce qui est réel ne peut pas passer ni changer de forme. L’apparence n’est pas le contenu. Ce qui est réel est tel que c’est pour toujours sinon cela ne serait pas réel. Ce qui est réel ne peut donc pas être pris, garder pour soi ou manquer à qui que ce soit. Ce qui est réel est un don inépuisable ou n’est pas. Tenter de concevoir et de tenir l’épuisable est aussi épuisant que tenter de contenir et de percevoir l’inépuisable.  L’illusion est la même. Dans un sens, il y a lutte contre soi-même et dans l’autre contre le monde. Ce qui est offert partout et à tous ne peut pas être privatisé pour être exploité et vendu au plus offrant. Il n’y a pas de droit d’auteur dans la réalité.

Vouloir ce que tout le monde a déjà et donc mérite réellement est la seule volonté qui n’induit aucun conflit en soi. Percevoir ce que tout le monde est réellement est la seule perception qui ne trahira jamais la connaissance. Penser à ce que tout le monde est réellement est la seule manière de penser qui libère le monde et soi avec.  

The Milky Road
Credit &
Copyright: Larry Landolfi

 

 

La stabilité de la perception est déterminée par la motivation qui est à sa source. La perception n’a pas pour but de donner une signification mais de la manifester. Elle n’induit pas l’émotion mais en témoigne. Une perception est toujours une forme d’idée ou de pensée. Son rôle est de manifester l’idée dont elle est faite et de lui retourner son reflet. La perception est stable quand ce qui perçu est clairement vu comme la manifestation de la volonté de l’idée qui l’a inspirée et qui est à son fondement. Quand ce qui est vu est compris comme la simple réflexion de ce qui est voulu, la relation entre le « penser » et le « percevoir » est claire et donc la perception est stable puisque sa cause est connue. Une perception stable est une relation réflexive reconnue.

Dans la clarté de la relation réflexive, les notions d’intérieur et d’extérieur sont quasi insignifiantes. La différence entre l’observateur et l’observé est l’observation elle-même.  L’observation est la lumière qui permet à l’observateur et à l’observé de se refléter l’un l’autre. Dès que la nature de l’observation est niée, l’observateur et l’observé sont immédiatement dissociés dans la conscience qui perçoit et le concept de séparation entre dedans et dehors ou cause et effet redevient signifiant et réel. L’observation n’est plus comprise comme un phénomène présent, lumineux et réflexif mais se manifeste sous une impression de forme, de distance ou de temps qui sépare l’observateur et l’observé. Dans ce cas la perception n’a plus pour but de manifester la pensée qui est à sa source mais de s’en dissocier. La conscience n’est plus utilisée pour mettre en lumière la volonté et l’émotion de celui qui perçoit mais pour l’obscurcir. Il est évident que si le phénomène de l’observation est complètement obscur, la relation unifiant observé et observateur dans une même réalité présente ne doit être qu’un mythe. C’est dans cette obscurité que se développent l’imaginaire et le jugement arbitraire.

L’imaginaire et le jugement sont les moyens pour palier à l’absence de clarté de la conscience. Ce sont des substituts qui entrent en action quand la réalité est non vue. Quand il est clair et évident que l’observateur et l’observé sont réunis dans la relation de l’observation, il est impossible de croire que les trois ne soient pas de même nature. Dans cette réflexion éclairée, observateur et observé sont le reflet de la relation d’observation. En fait, c’est la nature même de la relation qui détermine ce qu’ils sont et c’est ce qu’ils sont qui déterminent ce qu’ils font et donc qui détermine la nature de l’observation.

La relation est toujours l’élément central du couple observateur observé. Elle est le vecteur de force qui véhicule l’émotion qui les anime. Quand ce fait est nié, la relation est obscurcie. Elle n’est plus le centre de leur conscience de la réalité. L’association du couple devient asymétrique parce que sans centre connu, chacun doit croire que son point de vue est le centre de sa réalité. Ainsi excentré, l’un et l’autre ont l’impression d’être de nature et de réalité différentes. Leur identité n’est plus évidente et donnée mais doit être définie et apprise.

Sans le savoir, ils ont pris la nature de leur relation obscurcie. Parce qu’ils ne la voient pas, ils pensent inconsciemment que leur nature est obscure. De fait, ils cherchent à s’imaginer une autre relation plus claire afin de se redéfinir eux-mêmes au sein d’une autre forme de réalité qui convienne à leur point de vue.

Quand la relation est remise au centre de la réalité et la réalité au centre de la relation, observateur et observé perdent  leur égocentrisme respectif et retrouve une cause, un but et un sens à leur vie. Leur statut n’est plus d’observer ou d’être observé mais d’être en relation. La réalité du couple est alors complètement symétrique parce que chacun voit bien que la relation est le centre de sa réalité. Ainsi la réalité n’est plus dépendante des caprices excentriques d’un seul mais de la volonté unifiée des deux. Le déni de la causalité de la relation entretien la croyance qu’il est possible de cacher une émotion à la conscience de l’autre voir de soi-même. C’est cette idée qui rend la relation asymétrique et déséquilibrée en apparence. En vérité, la charge émotive de l’un est toujours liée à la charge émotive de l’autre. Plus cette charge est cachée plus la relation est conflictuelle et confuse. Plus elle est partagée plus la relation est calme et claire.

C’est la force qui lie les deux éléments du couple qui définit leur état et leur nature. Le fait de nier cette force ne peut que nier leur identité réelle et donc les obliger à déterminer eux-mêmes leur propre image et de juger ce que doit être la relation conséquente. La relation n’est plus une scène de vie authentique mais une forme de comédie qui tourne en tragédie.

Le déni de la centralité de la relation réflexive a pour conséquence d’inverser les lois de causalité puisque la relation semble l’effet de la réalité de chacun et non la cause.

Ainsi renversée, le couple a l’impression que l’appréciation de sa relation dépend uniquement de ce qu’il voit chez l’autre et non plus de ce qu’il voit chez lui. L’extérieur semble donc la cause de son état émotif. Ce qui a pour effet immédiat de former un besoin de démarcation afin de dresser des frontières protectrices et salvatrices. Ces frontières sont les apparences que ce donne chaque individu. Quand le pont qui unifie le couple dans une même réalité est voilé, chacun se croit obligé de définir sa propre personnalité. La personnalité est ensuite utilisée pour façonner la réalité afin d’en faire un monde adapté à ses besoins identitaires. La personnalité manque de tout et le monde qu’elle habite est le reflet de tous ses besoins imaginaires.

Bien que complètement arbitraire, ce monde est toujours aimé et chéri par-dessus la réalité centrale de la relation. Dans cette situation, percevoir à nouveau la réalité de la relation est redoutée puisqu’elle signifie que le monde particulier de chacun n’est qu’une illusion. La personnalité n’a aucune envie de comprendre ce qu’elle est en vérité. Dans le monde de l’identité particulière, la vérité qui se trouve dans la réflexion n’est  pas la bien venue car elle est perçue comme la destructrice de leur équilibre précaire.  

C’est ainsi que chaque défenseur de son point de vue personnel se trouve en guerre ouverte mais niée contre la réalité toute en entière. Il préfère avoir raison que d’être en paix. En vérité, il n’est en guerre que contre son propre monde qui l’empêche de retrouver le sens de sa réalité parce qu’il a besoin que son hôte lui soit lié afin d’assurer sa propre survie.

Le monde et l’identité égocentrique issus du déni de la relation réflexive ne font qu’un bien qu’ils semblent séparés par les apparences, l’espace ou le temps. Chacun des deux est un concept qui est lié à l’autre par une relation déséquilibrée, probabiliste, imaginaire et confuse. L’individu égotique semble bien minuscule devant le monde qui le rend vraisemblable. Comme pour la réalité, c’est la nature de leur relation qui détermine leur propre nature. L’un n’existe pas sans l’autre et ce que l’un observe l’autre le sait mais nie le savoir. Ni l’un, ni l’autre n’existent réellement tant que la nature de leur relation n’est pas clairement acceptée. Dans le déni, ils n’existent que l’un pour l’autre. Chacun reste une image qui se sert de l’autre pour assurer la pérennité de sa forme de réalité de vie. Le déni de leur relation fait de leur existence un concept identitaire qui en opposition avec leur vérité. Ici, ils sont ce qu’ils ne sont pas en vérité. Leur forme identitaire est en opposition à leur réalité parce qu’elle change en fonction du jugement qu’il projette sur leur relation. L’individu et le monde changent ensemble mais ne le reconnaissent jamais. Dans leur forme individuelle ni l’un, ni l’autre n’aime la paix, l’égalité, la symétrie, l’harmonie et l’équilibre dans leurs relations réciproques. L’individu et le monde sont en conflits l’un avec l’autre parce que le conflit garantit la persistance de leur forme. C’est pourquoi la pleine conscience de leur relation leur parait si effrayante.

Une relation entre deux particularités peut être attirante ou repoussante mais jamais équilibrée. Elle est effrayante parce que dans sa version extrême, la relation doit être  soit une sorte de fusion entre deux formes séparées soit le concept de l’isolement total et absolu. La relation particulière doit être volontairement instable afin de pouvoir changer de sens à tout instant et d’éviter la fusion ou l’isolement. Elle oscille et ondule entre le trop près et le trop loin. Chaque égocentre de la relation particulière est apeuré par l’idée d’être complètement absorbé par l’autre ou par l’idée de se retrouver complètement isolé de tout. Dans cette optique, chaque particulier travaille littéralement contre le temps pour définir ses limites et les maintenir afin de trouver le juste compromis entre le sentiment d’attirance et de répulsion qu’il éprouve envers les autres.

Quand la relation est replacée au centre de la réalité, le problème de la résistance à  l’aimantation et ne se pose plus puisque les limites n’existent plus. Et seul ce qui est illimité est entier.

Moonrise Over Turkey
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Tahir Sisman

 

Percevoir quelque chose distant de soi signifie percevoir quelque chose qui n’occupe pas le même présent. Cela signifie que ce qui est perçu n’est pas la réalité de la chose mais une image interprétée par le système de perception qui la projette en lui-même. La conscience interprète ce qu’elle invente sur les bases de ce qu’elle croit qu’il y a. En donnant elle-même une signification à ce qu’elle projette, elle l’élève au rang de cause et de réalité. C’est pourquoi la perception imagée semble extérieure à soi puisqu’elle doit sembler antérieure au système qui la produite. Sans ce sentiment d’extériorité, il serait impossible de croire que ce qui est perçu est causal et il serait facile de voir que c’est un effet de la conscience. De fait, la perception ne pourrait pas être confondue avec la réalité, ce qui mettrait fin aux malentendus.

L’impression d’extériorité est produite par un jeu de miroirs, d’ombres et de lumières qui s’appelle l’espace temps. L’espace temps est un truc réflexif ingénieux qui permet de donner l’illusion d’antériorité à un effet postérieur par un jeu réflexif. En réfléchissant sur une chose perçue, la conscience a l’impression que la chose est antérieure à ce qu’elle pense. De fait, elle doit se trouver quelque part dans l’espace extérieur. En différant l’affection de la perception, l’effet semble devenir cause et la véritable cause est oubliée. De fait, si ce qui est perçu semble être cause d’affection ou de réflexion et non un effet de la réflexion consciente. Si cela n’est pas causé par la volonté de la conscience, cela doit être causé par une autre volonté. C’est ainsi que l’effet de la perception devient le symbole même de l’existence d’une volonté étrangère au sein d’une même conscience. De fait, la signification du monde perçu est rendue incertaine à double titre. Non seulement la véritable cause de ce qui est perçu est cachée mais en plus c’est son propre effet qui lui est substitué.

Il est impossible de percevoir consciemment quelque  chose sans lui attribuer une signification. Le dernier pas est franchi quand la « responsabilité créatrice » du monde perçu est donné à la « supposée volonté étrangère ». En vérité, le responsable de tout ce jeu de miroir est le mécanisme qui nie que la cause de la perception est la conscience elle-même, qui affirme que la cause de la réflexion est l’objet perçu et que la signification reconnue vient de l’objet extérieur et non de la conscience qui le manifeste.

Affirmer que l’arbre est arbre parce qu’il se nomme arbre est la base de toutes les confusions entre la perception et la réalité. La conscience ne perçoit jamais l’arbre mais l’image de l’arbre qu’elle a fabriquée elle-même.

Ce qui est perçu est toujours l’effet de la perception et non sa cause. Ce qui est perçu dépend donc de l’état de cohérence et de stabilité du système réflexif. L’agitation et l’état de l’objet réel n’ont aucune influence sur l’agitation de l’image perçue. La stabilité et l’affectivité de l’image perçue dépendent uniquement de l’état de quiétude de la conscience. La signification de ce qui est perçu ne vient  pas de l’objet réel mais de sa cause fictive qui est le système qui le perçoit. Tirer une signification de ce qui est perçu au travers de l’image revient à inverser la règle de causalité logique. Cela équivaut à prendre l’image pour le sujet original et affirmer que l’objet est le reflet de l’image qui se trouve dans le miroir.

 A Dusty Iris Nebula

 

Credit & Copyright: Alvin

  Jeng (LightBuckets.com)

 

 

La pensée est de nature abstraite. Vouloir la rendre concrète est un contre sens qui a comme conséquence directe l'introduction de la peur dans l'état de l'esprit qui pense dans un univers conceptuel concret.  L'esprit a peur parce qu'il sait que les images concrètes qu'il a inventées disparaîtront. Ainsi il a peur que son univers qu'il assimile à ces images disparaisse et donc qu'il disparaisse avec elles. Plus l'esprit pense de manière concrète plus il est inquiet et craint la solitude qu’il génère lui-même en croyant se protéger.

Quand l'esprit pense naturellement de manière concrète cela signifie qu'il ne fait plus aucun effort pour se faire souffrir. S’il fonctionne naturellement contre lui-même il croit que laissée à elle-même sa propre nature est dangereuse et nocive. De fait il craint ce qui est simple et inné en soi et cherche à filtrer et contrôler tout ce qui vient avant de le partager et donc de le rendre réel pour lui. Ce filtre qui le sépare de sa propre nature est comme une loupe dont la fonction est de grossir l’insignifiant afin de s’en défendre. Celui qui ne regarde plus la réalité en face mais au travers d’une loupe déformante ne peut plus connaître le sens de son identité et donc se met à chercher ce qu’il est. Et plus il réfléchit plus il lutte contre soi-même et plus il complexifie son problème existentiel.

En vérité, il n’a besoin de rien d’autre que d’ôter le verre grossissant et filtrant qu’il a lui-même posé sur sa conscience parce qu’il en a peur. Il a juste besoin d'être réorienté vers une pensée naturellement abstraite et immanente à celle qu'il a faite par erreur. A ce stade, le principal obstacle est que l'abstraction semble complètement absurde à celui qui s’est habitué à penser de manière conceptuelle et concrète.

Au lieu de générer du bien être, penser de manière abstraite semble générer  de la torture mentale. Ce qui est simple et évident est alors craint et les problèmes insolubles et multiples sont recherchés parce qu'ils rassurent l'esprit conceptuel.

Le bien être est la stabilité inhérente à la certitude que ce qui est pensé ne disparaîtra pas. Le concret est une image particulière projetée par un esprit qui se trompe sur sa fonction. La fonction de l’esprit n’est pas de conserver ou d’économiser mais de donner gracieusement. Or, le concret n’a pas été fait pour être donné, contrairement à l’abstrait. Pour l’esprit concret, celui qui donne ce qu’il a de plus cher est un fou qui s’appauvrit et se vide inexorablement. Mais pour la pensée abstraite, c’est donner qui signifie s’enrichir. Car celui qui donne tout ce qui lui est cher enrichit son environnement au lieu de l’épuiser. Ainsi il garantit sa sérénité en garantissant la pérennités de ceux et ce qui l’entourent.

Tout ce qui est concret disparaîtra et lutter contre cela revient à lutter contre la vérité. Pour que le concret ne disparaisse pas trop vite l'esprit doit être ingénieux, car il doit penser vraisemblablement  mais pâs véritablement. Il doit s’efforcer de rendre réel ses propres concepts. Pour cela il doit convaincre d’autres esprits de les partager avec lui et de les « aimer » comme il les « aiment ». L’esprit doit rendre attirant ou magnétique ce qui n’a aucune espèce d’intérêt en soi. Ce travail d’aimantation du faux se fait en formant un besoin ou un manque en soi arbitraire. L’esprit doit se convaincre et convaincre autrui qu’il a un manque en lui-même et qu’il existe une solution concrête à ce manque. Sans la dépression imaginaire, nulle idée étrangère ne pourrait pénétrer dans la conscience de soi et perturber le fonctionnement « naturel de la nature ».

L’esprit doit donc d’abord imaginer un vide en lui-même ou en autrui pour que le concept qu’il a inventé devienne attractif et que le fait de le vouloir dans sa réalité devienne signifiant et intéressant. Une fois que la signification arbitraire est donnée et que le besoin de prendre et de posséder est formé, l’esprit devient l’esclave du manque et du concept censé le combler. Tout ceci n’est effectif et affectif que si l’association du vide et du concept reste soigneusement cachée derrière un brouillard opaque de faux témoignages appelés préjugés. Une fois que l’imaginaire est inventé, il doit être géré puisque étant non naturel il est incapable de se gérer lui-même. L’esprit est alors contraint de nommer et de classifier les disparités de son monde concrêt afin de retenir tous les besoins et les concepts qu'il a imaginés tout seul mais qu’il a réussi en rendre réels parce qu’il les partage avec d’autres. Tout ce qui n’est pas partagé disparaît de lui-même. N’importe quelle idée partagée avec autrui peut prendre l’aspect du réel pour soi. Le monde conceptuel imaginé par l’esprit tient à la seule condition que d’autres en soient les témoins.  

Une fois que la séparation entre le réel et l’imaginaire est complètement obscurcie, commence le long et fastidieux travail d’inventaire pour distinguer le bien du mal et arranger ce qui est fait en particulier afin de donner une signification à ce qui est éphémère et changeant. Ce travail est épuisant et déprimant puisqu'il consiste à apprendre par cœur tout ce qui constitue un monde conceptuel qui ne durera pas. Le concret est facile à reconnaître, il peut être mesuré, jugé et comparé à un élément qui semble extérieur à soi. Dans l'abstrait ces problèmes sont insignifiants.

 


 

Présentation

  • : La Voix partagée
  • lavoixdupartage
  • : Philosophie Science Conscience Physique Pensée Vie perso / Journal intime
  • : Le travail qui est présenté ici est fondé sur idée simple: tout ce qui réel est inaltérable, et tout ce qui change doit être un phénomène passager. Si l'idée est simple, le processus de recherche est assez difficile. Une partie de ce processus est retranscrit dans les livres. L'étude conceptuelle ne fait pas la vérité mais elle peut aider à mettre en évidence les mensonges qui lui font obstacle. Les articles d'"Un fil de ciel" présentent une forme plus essentielle.
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Soleil levant

Sunrise over the Parthenon
Credit & Copyright: Anthony Ayiomamitis (TWAN)

 

Qu’est-ce que l’idée de la vérité sinon le fait que ce qui est réel doit être éternel et que par conséquent, ce qui n’est pas éternel doit être irréel.

L’esprit cesse de se promener dans le temps quand il commence à comprendre que rien ne peut surpasser son présent.


Ce qui est vrai « s’apprend » immédiatement et pour toujours parce que la vérité est universelle. Ce n’est que le faux qui demande du temps pour être appris ou désappris.

 

La vérité se retient sans peine parce que le seul moyen de la garder pour soi est de la donner à tous.

 

A moins de s’apercevoir combien tout le monde a déjà tout à sa portée, il est impossible de croire à sa propre liberté.


L'esprit est ainsi fait que tant qu'il  ne comprend pas quelque chose il ne peut pas être en paix. Or, que peut-il comprendre sinon l'esprit?


Le but de réalité n'est pas atteignable par celui qui le recherche. Si c'était le cas alors la cohérence de la réalité serait  perdue à jamais. Son seul travail est de prendre conscience que le but a déjà été réalisé pour lui.

 

C’est le fondement d'une chose qui contient sa signification certaine. Même si la chose peut paraître chargée d'histoire, son fondement reste le même et donc sa certitude n’est pas perdue. Son fondement n'a pas disparu, n'a pas été changé et n'a pas été désintégré par les changements de la forme. Ceci signifie que la signification de toute chose ne peut pas être détruite. La quête de sens n'est donc que l'honnête recherche de tous les aspects qui interfèrent avec la reconnaissance du fondement. 

 

On ne peut pas véritablement être séparé de la vérité. Par contre il est possible d'imaginer un motif pour lequel elle se serait fâchée. Ce travail d'imagination est éminemment fastidieux puisqu'il n'a aucune solution réelle. Il est impossible de trouver une raison qui mettrait la vérité en défaut au point de susciter sa colère. De fait il est impossible d'être réellement brouillé avec la vérité. La vérité n'a aucune rancœur parce que rien ne peut s'opposer à elle. Quand il est clairement compris que le conflit n'a aucun fondement, il n'y a plus de raison pour qu'il ait une réalité effective dans le présent. Le seul moment où il a semblé affecter la relation avec la vérité est tout entier contenu dans le passé. La réconciliation avec la vérité ne se fait jamais dans le temps parce que dans le temps la brouille semble réelle. La réconciliation ne peut donc se faire que dans le présent qui est le temps où la dispute n'a jamais pu se produire.

 

La compréhension de la fonction du temps est essentielle à celui qui souhaite entendre la résonance de lui-même. Le temps  prend la fonction qui lui est donné à chaque nouvel instant présent.  C'est toujours dans le présent que le temps est perçu et que sa fonction est donc conçue. Si le présent sert à porter une explication sur le passé afin de mieux comprendre ce que sera le futur alors le temps est une spirale perpétuellement divergente qui conduit le penseur hors de lui-même. Dans cette optique délirante, le penseur ne peut s’empêcher de croire que la réalité est un chaos indescriptible et donc que sa fonction est de détruire tout ce qui est véritablement pur. Et il éprouvera de la joie en l’accomplissant.

Si le présent sert uniquement à recevoir une interprétation immédiate et entière de ce qui est donné maintenant alors le temps est juste un instant d'ouverture dans lequel le futur vient s'unir au présent pour l'étendre à l'infini afin de conduire doucement le penseur à se rencontrer et se reconnaître lui-même. Dans cette saine rencontre, la réalité n’a plus rien de nuisible et peut être appréciée à sa juste valeur, c'est-à-dire entièrement. Alors le penseur ne peut plus nier que sa seule fonction est de libérer ce qui est véritablement pur et il éprouvera de la joie en l’accomplissant.

 

Le monde de la matière est uniquement perceptible. Perception signifie que chaque élément localisé dans la matière doit concevoir et projeter un vecteur dans son environnement pour lui permettre de s'informer de sa réalité. Dans ces conditions l'expérience de la vérité est impossible tant que le vecteur projeté n'est pas conjointement partagé et entièrement compris par celui qui le reçoit.

 

La seule idée qui fait obstacle à l'équilibre est la croyance que quelqu'un, quelque chose, quelque droit ou quelque lieu puisse offrir plus que ce qui est donné ici et maintenant. Cette idée ne pourrait exister sans avoir préalablement décidé d'un besoin et d'un manque dans sa réalité présente. Non seulement éprouver un désir pour ce qui est extérieur est un jugement contre soi mais cela fait de ce qui est présent et de ce qui est désirée des images à moitié vide qui sont liées à l'image du soi qui ne se satisfait pas de lui-même et le condamne à l'incomplétude.

L'opposé de tout n'existe pas. Si la réalité est tout alors l'opposé de la réalité n'est pas le néant mais une forme de réalité qui pense être la réalité.


  Qu'est-ce qu'une crise sinon l'obligation donnée à un concept de se redéfinir lui-même ?


Ce qui est réel n'a pas d'histoire. C'est ici et maintenant qu'il se détermine lui-même par la simple reconnaissance de sa fonction. Ce à quoi il sert maintenant, il l'est ici-même. Chercher une cause à ce qui est présent dans le passé ou dans le futur ne sert qu'à s'inventer des histoires qui semblent plus agréable qu'une réalité jugée mais non reconnue.


La réalité peut-elle avoir un dernier quoi que ce soit ? La réalité peut-elle être cruelle?

  Un miracle se produit dans la conscience quand l'esprit comprend et entend ce qu'il se croyait incapable de concevoir.


S'il était possible de concevoir la vérité, alorsla base de tout serait le néant.


 

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